Les critiques méga en retard (1/2) : Cloud Atlas

Publié le 20 Décembre 2013

 

Eh oui, j'ai honte, j'ai honte d'être en retard ! Mais, vous savez, même les plus grands critiques de The Temple of whiskers peuvent ne pas trouver suffisamment de temps pour reviewer un film. Vivien, récemment, a intitulé une de ses critiques : "les critiques en retard de Vivien" (vous trouverez facilement ses critiques, il écrit toujours COMME CA !!. Autre nouvelle, et pas des moindres : Mr-edward n'a toujours pas publié sa critique de Inside Llewyn Davis. En même temps, on ne peut pas lui en vouloir : le pauvre bougre regarde tellement de films par mois qu'il ne sait plus ou donner de la tête. Bref, je vais arrêter de me justifier, et vous faire une critique assez rapide, mais efficace, de ce très intéressant Cloud Atlas. 

 

LE ROMAN

 

Comment décrire l'histoire de Cloud Atlas sans pondre un résumé alambiqué, voire même incompréhensible ? Le pitch est assez audacieux : Cloud Atlas mélange six histoires, à six époques différentes. Il faut savoir qu'au départ, Cloud Atlas est un roman, écrit par David Mitchell, un jeune romancier britannique. Le roman, traduit en français sous le titre poétique Cartographie des Nuages, a rencontré un grand succès en librairie lors de sa parution en 2004. Le roman mélange six histoires, qui n'ont en apparence aucun rapport les unes avec les autres. Au fil du récit, on comprend cependant que les personnages sont liés, et que les actes du premier ont des conséquences énormes sur l'existence du deuxième.

 

 

La première histoire se passe en 1850, lors d'une traversée du Pacifique, et relate le journal d'un homme de loi, Adam Ewing, qui se lie d'amitié avec un esclave clandestin. La seconde, en 1936, suit le parcours chaotique d'un compositeur bissexuel, Robert Frobisher, engagé par un musicien malade pour l'aider à achever sa dernière symphonie. La troisième est une enquête dans le New-York des années 1970 : Luisa Rey, journaliste, tente de mettre au jour un complot industriel, et se retrouve en danger de mort. La quatrième, sous forme de comédie noire british, nous plonge dans le calvaire de Timothy Cavendish, éditeur endetté enfermé par son frère dans une maison de retraite qui prend des atours de prison. La cinquième est une histoire d'anticipation dans le Séoul du 22ème siècle : une clone témoigne de la rebellion à laquelle elle a participé, contre la dictature établie. Enfin, le sixième fragment se passe encore plus loin dans le futur, sorte de Mad Max (sans les motos) ou Tom Hanks prend l'accent des Visiteurs (non, cette partie là ne m'a pas convaincue !). 

 

 

VERDICT ?

 

Puisque le film reprend les mêmes histoires que le roman, autant passer directement à l'appréciation de Cloud Atlas made by les frères et soeurs Wachowski, accompagnés, à la réalisation, par le réalisateur allemand Tom Tywker. Dans le roman (que je n'ai pas lu, mea culpa), la narration est un peu moins complexe que dans le film. Car, dans le roman, on suit une histoire pendant une centaine de pages, avant de passer à la suivante. A l'inverse, dans Cloud Atlas, les réalisateurs nous plongent dans un des six fragments pendant deux minutes, puis on passe à un autre fragment. Le but est sans doute d'obtenir le rythme narratif parfait, sorte de mix entre la série télé et le cinéma. D'un côté, c'est très réussi, car le spectateur ne voit pas passer les 2h50 ; de l'autre, on regrette un peu de ne pas pouvoir apprécier plus longuement les péripéties de chacun, surtout que, forcément, certaines histoires nous plaisent moins que d'autres. 

 

Pour résumer le concept, Cloud Atlas est un film qui mélange six histoires à six époques différentes, en faisant des allers-retours sans queue ni-tête toutes les 120 secondes d'une saynètte à l'autre, et en faisant jouer les mêmes acteurs dans les six époques. Normalement, dans ce genre de projet, c'est quitte ou double : soit les réalisateurs assument leur ambition folle jusqu'au bout, soit c'est le flop complet, et on interdit aux réalisateurs responsables du désastre de revenir à la caméra avant quarante ans. 

 

Qu'en est-il pour Cloud Atlas ? Eh bien, c'est réussi. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, loin de là, car il n'est pas assez abouti et le tout manque d'émotion. Mais on ne peut qu'être séduit par la générosité sans bornes de ces trois réalisateurs, qui donnent un bon coup de pied dans la fourmillère qu'est le blockbuster hollywoodien. A une heure où les produits à grand public sont de plus en plus formatés, Cloud Atlas fait office d'OVNI rafraîchissant et salutaire. De la comédie, au drame, en passant par l'anticipation, on se laisse entraîner avec plaisir dans ce royaume joyeusement foutraque, mais pas totalement incohérent. En effet, les héros des six époques ont un point commun : ils se rebellent contre un système qui les dépassent. 

Les critiques méga en retard (1/2) : Cloud Atlas

Après, comme on n'est pas là pour faire dans l'éloge flatteur, autant pointer ce qui fait défaut au film, et la liste est longue : les effets spéciaux manquent d'envergure, si bien que les parties d'anticipation, en plus d'avoir un scénario indigent, sont affreusement kitsch. Si la partie sur le clonage à Séoul est à peu près satisfaisante, on nage complètement dans le ridicule quand les réalisateurs nous inventent un ersatz d'heroic fantasy, sur fond de quête ésotérique peu convaincante, avec des barbares vraiment barbares, et un Tom Hanks qui se demande ce qu'il fait là, à devoir parler comme un imbécile. Autre problème : certains thèmes forts, comme l'esclavage, sont abordés avec la légèreté d'un bulldozer, à l'image d'Adam Ewing qui découvre soudain qu'en fait, les esclaves sont des gens comme les autres et qu'il faut leur venir en aide. Heureusement que Tarantino nous a pondu une histoire 'un peu moins niaise en 2013 sur le même sujet !!

 

Vous l'avez compris : les six histoires, prises séparément, ne sont pas franchement intéressantes. Ce qui compte, dans Cloud Atlas, c'est finalement la façon dont les frères Wachowski et Tom Tywker vont jouer avec les codes de la narration. Et pour le coup, c'est un régal. On passe, sans transition, du pauvre vieux Cavendish coincé dans sa maison de retraite à la tragédie grecque que vit Sonmi 451, la clone rebelle de Néo-Séoul. Notons d'ailleurs que le film vaut le coup d'être vu rien que pour l'histoire de Timothy Cavendish, drôlissime à souhait. 

 

Faisons un petit tour des acteurs : je m'attendais à ce que Tom Hanks trouve le (les) rôle(s) de sa vie, mais finalement, son jeu est assez approximatif, et on ne le sent pas habité par ses personnages. Par exemple, quand il incarne un écrivain antipathique en 2012, il se contente de faire des grimaces et de froncer les sourcils pour nous faire comprendre que c'est un méchant ! Idem pour Halle Berry, mais il faut dire qu'elle n'a pas des rôles très intéressants ; disons qu'elle s'en tire bien avec la matière qu'on lui a donné. En revanche, certains seconds rôles comme Jim Broadbent, Hugo Weaving et Ben Whishaw sont irrésistibles, et passent d'un rôle à l'autre avec une grande aisance. N'oublions pas aussi Hugh Grant, qui se prend une série de rôles à contre-emploi, loin de son image de séducteur de Quatre Mariages et un enterrement : il endosse successivement le rôle d'un hommes d'affaires tueur, d'un frère orchestrant une vengeance sadique et d'un guerrier cannibale. Rien que ça ! 

 

POUR CONCLURE

 

Dans une année 2013 chargée en termes de grands films, Cloud Atlas peine à trouver sa place, à cause de son côté inabouti et de ses historiettes inégales. Pourtant, force est de constater que le film est une belle réussite, notamment en terme de rythme et de découpage narratif. On passe un excellent moment, malgré le manque d'émotion transmises par les réalisateurs, sans doute tétanisés par l'ampleur du projet. Une oeuvre en demi-teinte donc, qui vaut cependant le coup d'être visionnée. 

 

NOTE : 4 / 5

Rédigé par Yoyo114

Publié dans #Sorties Ciné, #Dans le Magnéto

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Hunter Arrow 22/12/2013 14:52

En même temps, de plus en plus on se met à traiter des films "anciens" c'est à dire non sortis récemment. Et là on peut même se demander :"Pourquoi ne pas faire une rubrique avec des critiques de films plus anciens ?".
Je sais qu'à la base j'étais contre mais maintenant je pense que nous sommes assez civilisés pour nous permettre de critiquer des "vieux films" qui peuvent nous tenir à coeur sans pour autant nous tirer la bourre. Par exemple, si vous êtes un tant soi peu sensé, vous éviterez de critiquer Heat qui est un MON film préféré, comme j'éviterais de traiter Titanic ou Postman ou encore n'importe quel film de taré de Vivien ou un film de Sofia Coppola qui ne peut intéresser qu'une femme.

mr-edward 21/12/2013 17:12

L'attitude de monsieur Yoyo114 ne m'étonne même plus. De jours en jours, il baisse dans mon estime et révèle son véritable visage : celui d'un homme malhonnête.

Mais vu que soit-disant, il est important, on lui dit juste "c'est pas bien". Navrant.

mr-edward 21/12/2013 18:55

Changer de sujet pour éviter de faire face à vos actes, quel courage ! Je vous méprise.

yoyo114 21/12/2013 18:50

grandeur et décadence..... Je suis justement en train de regarder "Casino" pour la deuxième fois, et je l'apprécie encore davantage. Une merveille, voire plus !

yoyo114 21/12/2013 11:55

Mon cher vivien,
je me pose comme limite de chroniquer uniquement des films sortis cette année au cinéma.

Cordialement,

l'infâme personnage yoyo114

Vivien est mécontent du comportement scandaleux de l'inhumain yoyo114 20/12/2013 18:38

Bah là j'ai envie de dire que c'est même plus du retard, c'est du scandale, le film est sorti au cinéma en Mars, ce qui veut donc dire qu'à ce niveau tu pourrais nous faire maintenant la critique de Oblivion, ou pourquoi pas de L'Arrivée D'Un Train En Gare De La Ciotat (1896), tu seras juste un petit peu en retard.

Ta punition sera ainsi la flagellation avec l'aide de cadavres de marmottes (j'en ai un bon petit stock, ça pourra durer environ 10 ans).