Les garçons et guillaume, à table !

Publié le 5 Décembre 2013

 

Hasard ou coïncidence ? Tandis qu'en sélection officielle, La Vie d'Adèle triomphait avec moultes effusions et moultes polémiques, le jury de la Quinzaine des réalisateurs récompensait la première comédie de Guillaume Gallienne, au titre plus improbable que ceux des films Zouzbèkes. Leur point commun : les deux oeuvres nous content le parcours d'un personnage en quête de sa véritable orientation sexuelle. Chez Gallienne, le héros découvre son hétérosexualité, au prix de beaucoup d'aventures délirantes, d'expériences extrèmes, et de confrontations avec sa mère castratrice. Guillaume Gallienne essaye de mêler introspection et comédie populaire dans un seul et même film. Alors, pari réussi ?

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le film va dans tous les sens. Balloté de l'Espagne à l'Angleterre en passant par une cure chez nos voisins les Allemands, Guillaume subit toutes les humiliations possibles, se déguise en l'impératrice Sissi, subit un lavement drastique entre les mains d'Ingbor (Diane Kruger), et tente de vaincre sa peur des chevaux. Malgré le côté brouillon du scénario, sans doute trop fidèle au One Man Show dont le film est adapté, on peut découper l'histoire en deux parties. Dans la première, le jeune Guillaume essaye, par tous les moyens, de ressembler à une fille, pour faire plaisir à sa mère qui l'a toujours considéré comme tel. Dans la seconde, il essaye de déterminer s'il est vraiment homosexuel comme l'a décrété sa famille. 

 

Avec le recul, je suis un peu perplexe à propos de ce film. Certes, j'ai passé un bon moment devant, mais le résultat est en-dessous de mes espérances. La première partie est un festival de gags à la fois drôles et tendres, les moments les plus hilarants étant, bien sûr, les apparitions de Guillaume Gallienne interprétant sa propre mère. Pendant un bon moment, le film est assez merveilleux, les situations cocasses s'enchaînent pour notre plus grand bonheur. Tout cela repose sur un équilibre fragile, mais qu'importe, la recette fonctionne, et on rit beaucoup. 

 

 

Et, au bout d'un moment, l'équilibre se rompt, sans qu'on puisse expliquer pourquoi. Les situations deviennent trop lourdes (voire pesantes), le personnage est trop torturé pour être vraiment attachant. Reconnaissons un mérité à Guillaume Gallienne : il ne se censure pas, c'est-à-dire qu'il décrit sincèrement les errances de son personnage, ses hésitations, ses moments de solitude. Le problème, c'est que le fil rouge du film devient très difficile à saisir. En fait, on a le sentiment que plus l'histoire avance, plus le film se transforme en une suite de sketches, parfois drôles, parfois un peu ratés (la cure en Allemagne, qui ne sert à rien dans le récit). 

 

En voyant que le film avait été récompensé à la Quinzaine des réalisateurs, et ovationné par la critique, je m'attendais à quelque chose de plus abouti, de plus limpide. Or, "Les garçons et Guillaume, à table" est un premier film, certes très prometteur, mais qui hérite de tous les défauts d'un premier film : parfois maladroit, inégal, un peu trop en roue libre, pétri de bonnes idées mais pas très bien agencées entre elles. 

 

Je ne suis pas en train de dire que le film est mauvais : c'est une bonne comédie, voire même une très bonne comédie quand on la compare au niveau général des productions françaises. Mais l'engouement autour du film me paraît un peu surfait, et il est certain que les prochains films de Gallienne (s'il y en a) seront plus maîtrisés que ce premier essai. 

 

 

Pour conclure

 

Guillaume Gallienne nous livre une comédie euphorisante sous forme de thérapie délirante, et parvient à nous faire rire aux éclats lors de quelques scènes qui deviendront peut-être cultes. Néanmoins, on reste un peu sur sa faim à la fin du visionnage, avec le sentiment que le film s'est essouflé à mi-parcours. C'est d'ailleurs le sort de beaucoup de comédies : ça commence très fort, puis l'énergie retombe. Heureusement, le style de Guillaume Gallienne est suffisamment tendre et décalé pour nous faire passer un très bon moment, malgré les baisses de régime. 

 

Note : 3,5 / 5

Rédigé par yoyo114

Publié dans #Sorties Ciné

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mr-edward 05/12/2013 20:40

Je n'ai pas encore lu en détail ta critique, mais j'avais un question. Tu mets une note au film, mais tu n'en a pas mis pour La Vénus à la fourrure, est-ce normal ?

La litote désenchantée 06/12/2013 16:40

C'est plutôt une contropétrie en réalité

yoyo114 06/12/2013 13:44

N'est-ce pas plutôt une contre-pétrie ?

La litote désenchantée 06/12/2013 11:56

La innote est un bon dictateur

yoyo114 05/12/2013 21:28

Je comptais arrêter mais je pense que la note est tout de même un bon indicateur ;)

mr-edward 05/12/2013 21:00

Comme nous avions eu une courte discussion sur le système de notation, je pensais que tu commençais à ne plus en mettre avec ta critique de La Vénus à la fourrure, mais lorsque j'ai vu la note que tu as mis à cette critique, je préférais demander.

yoyo114 05/12/2013 20:50

Mais je vais sans doute lui mettre un 4.

yoyo114 05/12/2013 20:50

En fait, j'hésite à mettre une note ou pas. Pour ce film, c'est assez pertinent (il vaut 3.5 je trouve). Mais pour le film de Polanski, j'ai du mal à le noter, vu qu'il est assez inégal, et surtout très spécial.