Snowpiercer : la critique

Publié le 2 Décembre 2013

Réalisé par Bong Joon Ho

Avec Chris Evans, Octavia Spencer, Jamie Bell, Tilda Swinton, Song Kang-Ho, John Hurt, Ed Harris...

Genre Science-fiction, Drame

Sortie : 30 octobre 2013

Synopsis : 2031, 17 ans après une catastrophe écologique ayant provoqué une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque conçu par un certains Wilford, condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter.

Contexte...

Le Transperceneige est une bande dessinée française, de science-fiction post-apocalyptique, en noir et blanc. Elle a été crée par Jacques Lob (scénario) en compagnie de Dominique Vallet (alias Alexis), en 1977. Mais ce dernier meurt d'une rupture d'anévrisme en septembre 1977, laissant les seize planches. Mais quelques années plus tard, Jacques Lob cherche d'autres dessinateurs pour le remplacer jusqu'à ce qu'il tombe sur Jean-Marc Rochette (dessin), grâce au roman graphique Les Dépoteurs de chrysanthèmes. La bande-dessinée fut publiée du 1er octobre 1982 au 1er juin 1983 dans le magazine A suivre. De février 1984 à septembre 1984, elle fut éditée par Casterman. Le scénariste Benjamin Legrand (remplaçant Jacques Lob) a poursuivi et terminé la série en 1999. La bande-dessiné comporte 3 tomes et à l'occasion de la sortie du film, ils seront réunis dans un volume "intégral".

Bong Joon Ho (Memories of Murder, The Host, Mother) s'est occupé de l'adaptation cinématographique. Le réalisateur a précisé dans divers interviews que le film n'était pas totalement fidèle à la bande-dessinée afin de mieux adapter l'histoire pour le grand écran, deux heures étant trop court pour tout raconter. Il s'est entouré d'un casting prestigieux et international : Chris Evans, Octavia Spencer, Jamie Bell, Tilda Swinton, John Hurt, Ed Harris, Song Kang-Ho, Ko Ah-Seong. Concernant les deux derniers interprètes cités, ils ont fait partis de la distribution du film The Host (2006) du réalisateur.

C'est le premier long-métrage en anglais du réalisateur Sud-Coréen, comme ce fut le cas pour Park Chan-wook (un des producteurs du film) avec Stoker et Kim Jee-woon avec Le Dernier Rempart, sortis eux-aussi en 2013.

Le film a été présenté en avant-première mondiale le 7 septembre 2013 en clôture du Festival du cinéma de Deauville. Il est sorti le 30 octobre 2013.

Introduction...

Adapter un livre (ou une bande-dessinée) en long-métrage n'est jamais chose aisée. Au-delà même de la qualité du film, il est rare que celui-ci fasse l'unanimité auprès du public ayant aimé le livre (ou la bande-dessiné). Certains reprocheront au réalisateur de manquer d'audace en étant trop fidèle au support original, quand d'autres critiqueront les libertés qui ont été prises. Il existent aussi certaines personnes aimant le film et le livre. Quoi qu'il en soit, et pour revenir au sujet qui nous importe, Snowpiercer n'a pas dérogé à la règle. Lorsqu'il a été annoncé que la bande-dessiné "Le Transperceneige" serait adapté en film, et bien que le nom du réalisateur, Bong Joon Ho, pouvait rassurer, celui-ci jouissant d'une solide réputation, des inquiétudes et des doutes s'élevaient, notamment en cause "un casting trop anglo-saxon" et la présence de Chris Evans. Certains s'imaginaient déjà assister à un banal blockbuster broyé par la machine hollywoodienne et crachant sans la moindre retenu sur le support original. Alors est-ce le cas ?

Il est toujours plus simple de juger un film sans même l'avoir vu. Pour information, Snowpiercer a coûté 40 millions, soit un budget moyen au Etats-Unis et assez loin de certains films qualifiés de blockbuster. Il a nécessité 4 ans de développement et presque 3 ans de production. Le scénario a été écrit à 6 mains : Bong Joon Ho, Park Chan-wook et Kelly Masterson (7h58 ce samedi-là de Sidney Lumet). C'est une collaboration américano-franco-sud-coréen. Le problème, quand à l'élaboration du film, a été comment concevoir le train et où (celui-ci faisant 80 à 90 mètres de long). Ainsi, le long-métrage a été tourné en République Tchèque, dans les studios Barrandov,  il s'agit du studio le plus long d'Europe avec plus de 100 mètres. Quelques séquence ont été tourné en Autriche. 26 Wagons ont été construit, dont un de 25 mètres de long. Le film a été tourné en 72 jours.

Bien évidemment, ce ne sont pas des critères que j'ai pris en compte quand à l'appréciation du film et à l'écriture de ma critique. Ces quelques informations sont plus pour remettre le film dans son contexte, ainsi qu'une manière pour moi de dire qu'un film ne devrait être juger qu'une fois visionné (logique me direz-vous, mais pas pour certains). Snowpiercer n'est évidemment pas le premier, ni le dernier, ni celui ayant essuyé le plus de critiques alors pourquoi abordé ce sujet dans cette critique ? Une envie...

Verdict...

Pour tout vous avouer, c'est la première fois que je bloque autant devant une critique, d'où mon grand retard quand à sa publication. Non pas que je n'avais rien à dire sur le film, au contraire, simplement je ne savais pas comment aborder le sujet. Ecrire une critique à chaud n'est pas un exercice auquel je suis à l'aise. J'aime prendre mon temps, ainsi que le recul nécessaire, lors de l'élaboration d'une critique détaillée pour le blog, afin de publier un article convenable. Malheureusement, cela peut prendre plusieurs semaines. Dans le cas de Snowpiercer, je n'arrivais pas à structurer ma critique et faire que celle-ci ne soit pas brouillonne. A l'heure où j'écris ces mots, je n'ai toujours pas trouvé. De ce fait, je me lance, sans filet, quitte à me planter lamentablement, afin de répondre à cette simple question : Snowpiercer est-il un bon film ? La réponse est oui, et je dirais même plus, c'est un excellent film, mais loin d'être parfait.

Ce qui frappe, en premier lieu, c'est le soin apporté à la mise en scène, ainsi que l'univers mis en place par le réalisateur et l'équipe technique. Comme évoqué précédemment, le train en question a été conçu en studio, d'où la quasi-absence de fond verre. Cela permet de s'immerger plus facilement dans le film. Bien qu'il y ait un contrainte concernant l'espace où se déroule l'action, la réalisation est assez fluide et évite un côté anxiogène, ainsi qu'une redondance dans les décors présentés. Les wagons explorés sont généralement différents les uns des autres, et il y a quelques plans hors du train. Contrairement à un film comme Gravity qui "joue" avec les émotions du spectateur (exemple : lorsque Sandra Bullock est chahuté, le spectateur l'est aussi), Bong Joon Ho met une certaine distance, sans pour autant que cela soit excluant. C'est une caractéristique (de mon humble avis) du cinéma asiatique, ce côté "glacial" des sentiments/émotions dans la réalisation, ainsi que dans le traitement et l'interprétation des acteurs. Bong Joon Ho a un style très américain dans sa réalisation, qu'il marie habilement avec le style asiatique (ou l'inverse, ne connaissant pas le reste de sa filmographie).

Sa réalisation est dynamique et maîtrisé, posée quand il le faut. Elle est aussi inventive, Bong Joon Ho nous livrant de belles séquences visuelles, très intéressantes et travaillées. L'une d'entre elle peut faire penser à une scène dans Oldboy, que je ne dévoilerais pas pour garder la "surprise". Malgré tout, certains effets spéciaux ou séquence hors du train font un peu "cheap". Il privilégie le déroulement de son récit, le fait qu'il nous raconte une histoire, plutôt qu'une immersion sans réflexion. Mais immersion il y a, et le spectateur peut réellement avoir l'impression que les acteurs sont dans un train en marche. Les décors ont été monté sur cadran pour les faire bouger, une technique souvent utilisée, mais la différence étant que c'est une première pour un train faisant 120 tonnes avec 4 wagons, pouvant bouger comme un train y compris s'il faut que celui-ci soit dans un virage.

Avec Snowpiercer, Bong Joon Ho aborde des thèmes tels que le totalitarisme, la lutte des classe, la religion, l'éducation, la condition humaine, l'écologie, etc...des thèmes déjà abordés (après tout, la bande-dessiné date de 1984), mais très bien traités et bien intégrés au déroulement du récit. En parlant de celui-ci, sa construction et l'enchainement des évènements peut faire penser à un jeu vidéo. En effet, chaque wagon peut être vu comme un niveau, chacun ayant un visuel différent du précédent et/ou du suivant. De ce fait, certains pourront reprocher au film d'avoir un déroulement un peu trop linéaire. Effectivement c'est le cas, mais Bong Joon Ho arrive à incorporer des éléments qui font monter la tension. Ainsi, à chaque fois que les protagonistes empruntent un nouveau wagon, il est difficilement de déterminer s'ils font le bon choix de continuer ou non, s'ils vont atteindre la "lumière" ou s'ils creusent un peu plus leur tombe. Concernant les personnages, certains sont un peu clichés mais pourtant, bien écrits et bien interprétés. Ce côté "cliché" des protagonistes se légitime avec le déroulement du récit. Pour ce qui est de sa construction et son déroulement, il est classique mais Bong Joon Ho le fait de manière intelligente, donnant de la profondeur au récit, distillant des détails intéressants. Celui-ci est assez manichéen mais la raison (que je ne peux pas vous donner sous peine de vous spoiler certains éléments du récit) est expliquée. Bien qu'il y ait quelques facilités scénaristiques, contrebalancés par des choix audacieux, quelques passages un peu trop long, le scénario est très bien écrit et loin d'être con.

Concernant le casting, Chris Evans a déjà prouvé par le passé que c'était un excellent acteur (Sunshine, London, Scott Pilgrim, The Iceman) et le prouve une fois de plus. Bien qu'au premier abord, son personnage semble classique et cliché, il se révèle plus complexe qu'il n'y paraît. Comment ne pas salué la performance de Tilda Swinton, méconnaissable et époustouflante dans un rôle plus qu'irritant. Le reste du casting offre aussi de belle interprétation : Octavia Spencer, Jamie Bell, Song Kang-Ho, John Hurt, Ed Harris, Ko Ah-sung, Alison Pill, Luke Pasqualino, Ewen Bremmer, etc...

Un petit mot concernant la bande-son, composé par Marco Beltrami (Demineurs, World War Z, 3h10 pour Yuma) qui est très belle.

Pour conclure,

Avec Snowpiercer, Bong Joon Ho nous livre un sublime huit-clos post-apocalyptique très sombre et d'une noirceur inquiétante. La mise en scène est inventive et maîtrisée. Le film ne souffre d'aucunes longueurs et le scénario est très bien écrit. Les acteurs/actrices livrent d'excellentes interprétations. Après s'être essayé au polar avec Memories of Murder, aux monstres avec The Host, ainsi qu'au drame avec Mother, c'est un autre succès pour le réalisateur.

Note : 4.25/5

Snowpiercer : la critique

Rédigé par mr-edward

Publié dans #Sorties Ciné, #Dans le Magnéto

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yoyo114 04/12/2013 16:07

Super critique d'un film que j'ai essayé maintes fois d'aller voir, mais chaque fois, un obstacle m'a empêché de le faire. Grrrr, il n'est peut-être pas trop tard.

Sinon, j'imagine que tu voulais parler de fond vert (et pas fond verre)

mr-edward 04/12/2013 16:27

Loin de moi l'idée de trouver une quelconque excuse bidon à ma honteuse erreur, mais c'est amusant quand on y pense, car les seuls fonds verts que j'ai trouvé (à moi que là aussi je me sois trompé) sont certains plans où l'on montre le paysage extérieur à travers des vitres du trains.