Dragons 2, L'Avis Court Et Concis

Publié le par Vivien (qui essaye de condenser)

Etant un schizophrène particulièrement arrangé, je me dois de me spécialiser dans deux styles de cinéma totalement contraires : les films de tarés un peu paumés et que seules des séances un rien tardives de cinémas d'art et d'essai me permettent d'en atteindre le précieux visionnage, et... Les films d'animation grand public faits pour les enfants et qui vont irrémédiablement se prendre des 4,6/5 sur Allociné en le hissant directement au rang de 3ème meilleur film de tous les temps le jour de sa sortie, parce que c'est un genre de film qui plaît au plus grand nombre, ce qui dans ce cas ne me dérange pas du tout puisque le paquet très bien emballé de Dreamworks enferme un film bien huilé, bien qu'encore très imparfait.

non, ta gueule, punchline d'affiche de merde

Enfin bon, avant que vous ne vous offusquiez sur la longueur de ce paragraphe d'introduction (qui n'est de plus, techniquement, qu'une seule phrase) pour ce qui est censé être une critique plutôt courte, autant vous le dire tout de suite : je n'ai vraiment pas grand-chose à exprimer sur le film, et alors soit je devais m'étendre sur des détails superflus qui n'aurait pas passionné tout le monde, soit je me devais de condenser.

Les Bonnes Intentions

Donc, en gros, le film marche très bien, et s'il ne révolutionnera absolument rien cette année, il en devient presque admirable par des intentions qui le démarque du reste du cinéma pour enfants - en fait, il y en a 2 grosses - les voici d'ailleurs :

 

1. : La première, et celle qui m'a fait le plus plaisir, c'est le choix d'opter pour un premier degré assez rafraîchissant : ainsi, si des films comme La Grande Aventure LEGO (pour prendre un autre bon exemple de cette année) sont premièrement pensés comme des comédies référentielles, Dragons 2 ne fait aucune référence pop-culturelle et ne prend jamais son intrigue par le travers de l'ironisation, allant jusqu'à mettre l'humour au second plan. On sent quand même sa présence, parce qu'il faut pas non plus laisser de côté les enfants qui auraient été tellement perdus sans une blague de régurgitation de vomi qu'ils seraient sortis du film avec leur petite voix aigüe formant la phrase "c'était un peu triste quand même", mais ce qui importe le plus reste des enjeux sérieux et parfois même plutôt sombres.

Et aussi, Dieu merci, pas de délires Disney façon La Reine Des Neiges où les gars sont même plus capables de faire peser la balance entre respecter le quota de chansons ou ne pas écrire de merdes inutiles, Dragons 2 ne comporte qu'une seule chanson mais elle a une utilité, en plus d'être presque intra-diégétique (c'est-à-dire intégrée entièrement et logiquement dans le cours du film et dans son contexte, décors...etc.). Enfin bref, je me perds dans mes propres enjeux d'"avis court et concis"...

Dragons 2, L'Avis Court Et Concis

2. :D'ailleurs, la deuxième très bonne intention est de réellement faire marcher le film comme une séquelle à part entière d'un premier opus très bon en opérant une extension des enjeux, de l'univers, et ce tout en restant avec une formule qui marche, la même beauté visuelle (plus au niveau des décors et dragons sublimes qu'au niveau du character design, qui garde cette malheureuse fadeur), la même virtuosité des envolées en dragon et des batailles (qui doivent plutôt bien se savourer dans une 3D dont je n'ai pas pu profiter...), le même premier degré, comme dit plus haut, et les mêmes personnages (dont une petite part de comic reliefs sans aucune personnalité dont je me suis royalement foutu), qu'on retrouve 5 ans plus tard avec bien, évidemment, des petites barbichettes (à part les filles, quelle drôlerie aujourd'hui chez moi). 

En fait, pour tout dire, le premier acte m'a fait un tout petit peu peur à cause notamment d'un manque d'évolution de la dynamique entre les personnages (par exemple pour le conflit entre Harold et son père Stoick (admirez la subtilité du nom...)), mais à partir de l'introduction d'un nouveau personnage, le film prend vraiment son envol et s'affirme avant tout comme une excellente suite qui réussit à combler le défi particulièrement compliqué de ce type d'exercice, c'est-à-dire d'offrir la même recette tout en la bouleversant avec des ingrédients un peu plus forts et même de nouveaux ingrédients qui élargissent le plaisir culinaire.

Un exemple de bon ingrédient serait le méchant, particulièrement bad-ass (même s'il me fait un peu trop penser à Gru de Moi Moche Et Méchant pour que je le craigne vraiment), et qui pour le coup ne fait pas vraiment films pour enfants. Mais ça vous le découvrirez si vous daignez voir ce film.

Mais il est aussi important de noter parmi les bons points une qualité qui se trouve dans la mise en scène : en effet, si le film ne lésine pas sur les plans larges pour les moments de bravoure, les vols en dragon et les scènes d'action, il se place en revanche très proche des personnages dans des scènes qui pour le coup ne cherche pas à faire maladroitement avancer le scénario (on en reparlera avec les "set-up ==> pay off" qui pour le coup s'immiscent un peu trop dans le film), mais juste à développer les personnages et les relations entre eux ; en fait, c'est surtout pour le protagoniste du nom de Harold (parce que bon sa copine qui lui fait des bisous sur la joue et le reste de la troupe ne sont pas ultra-intéressants...), qui, grâce à une pirouette scénaristique un rien opportuniste, se retrouvera face à une vieille connaissance. Mais ça vous le découvrirez si vous daignez voir le film. Oui, je sais, ce paragraphe se finit exactement comme le précédent, je fais ce que je veux, je suis Tim Burton donc je fais tout le temps la même chose.

Les Gouttes D'Eaumais ce titre n'a aucun sens sale connard anarchiste

Enfin bon, j'ai l'air de pratiquer une simulation sexuelle orale à ce film mais ne vous y méprenez pas, ce n'est pas non plus du grand art, je ne fais ici que vous partager le plaisir que j'ai eu à voir que cette nouvelle saga Dreamworks (car il est clair que c'est ainsi que les films sont pensés) a une réelle personnalité et pourrait - que dis-je, peut accomplir d'encore plus grandes choses, si elle n'était pas toujours tirée vers les bas par des tics agaçants.

Par exemple, quand je salue le premier degré très agréable du film, qui lui permet d'accomplir de véritables ambitions de heroic fantasy dans certaines scènes - notamment une bataille qui arrive quand même à être particulièrement épique (un adjectif toujours surprenant dans un film pour enfants de nos jours) -, c'est surtout parce que quand le film s'essaye à l'humour, c'est un tout petit peu raté ; voir par exemple ce personnage de comic relief féminin dont le seul caractère est qu'elle a apparemment une très grande envie de voir le loup. Et même plein de loups. Vous me comprenez, normalement.

Mais après, le film a pas mal de petits défauts comme ça que je ne détaillerai pas, qui peuvent être anodin, mais comme l'océan n'est formé que de petites gouttes, ces défauts finissent par remplir un vase qui réduit le film à un simple bon divertissement que vous apprécierez surement. Bon, allez, juste pour le fun, une autre petite faille du film serait la surutilisation du procédé du "set-up => pay off", dont je vous avais déjà parlé dans ma vidéo sur Gangster Squad avec l'exemple du premier Die Hard et qui peut prendre plein d'autres formes et noms différents ; en gros, c'est le fait de préparer très à l'avance un élément du deuxième ou troisième acte en le présentant d'abord comme un simple détail du premier acte (en général...). Le problème c'est que quand ils sont très peu subtils et qu'ils se remarquent au premier coup d'oeil à cause du manque de naturel de leur intégration forcée dans l'intrigue, ils ne marchent pas, surtout quand on les utilise trop.

L'exemple le plus parlant dans Dragons 2, c'est le fait qu'au début du film durant une envolée dragonnière quotidienne de notre héros Harold, il se rate en essayant de gérer un virage particulièrement difficile. Vu l'emphase faite sur cet élément particulier, le spectateur sait déjà qu'il y aura un moment du troisième acte où ce virage reviendra avec réussite (et c'est le cas). Mais non, parce qu'on parle quand même à des enfants et que, c'est bien connu, les enfants sont des bandes de cons, il faut faire un deuxième "set-up" sur cet élément avant le "pay off". Paye ta simplicité, procédé cinématographique...

La Conclusion (légèrement) érotique

Enfin bref, je commence déjà à me perdre sur ce qui doit être une critique qui va droit au but (tout en étant assez exhaustive, je sais), et en plus je deviens méchant et agressif sur un film qui justement a fait de son mieux pour ne pas prendre les enfants pour des cons ; il n'hésite d'ailleurs pas à montrer directement les causes et les conséquences d'un conflit d'idée qui est au coeur de l'intrigue sur les dragons, et qui ne se résoudra que par la bataille. Mais il est temps de conclure.

Donc au final,  si on devait comparer ce film à un sexe masculin (ça me prend parfois), on voit qu'il y a deux bonnes intentions qui soutiennent un film agréable avec de très bonnes fondations, mais qui se tire vers le bas avec des fioritures superflues (vous suivez la comparaison ou pas ?) qui, malheureusement, empêche le plaisir total de l'expérience. Il n'empêche que si vous aimez bien les long-métrages en images de synthèse mais que vous en avez marre de ce qui arrive en ce moment au cinéma d'animation pour enfants, notamment pour tout ce qui est du second degré envahissant, vous pouvez voir ce film sans aucun souci, c'est un divertissement foisonnant qui sait être sombre, épique et dramatique, qui sait un peu moins faire le reste, mais qui sait faire le travail le plus important : divertir en restant très intelligent. Ou alors si vous préférez un truc un peu plus poétique et moins américain, vous pouvez tout aussi voir Le Conte De La Princesse Kaguya d'Isao Takahata. En tout cas la presse préfère.

[Bon, cette partie en gras ne sert à rien, mais sachez juste que j'ai tenté de faire de cette critique une micro-critique, avant d'avouer mon échec et de la remanier en "avis court et concis". 

Donc pour compenser, voici dans l'exclusivité la plus totale ma véritable micro-critique de Dragons 2 :

C'EST BIEN.]

Publié dans Sorties Ciné

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Hunter Arrow 13/07/2014 14:43

Vu Dragons 2... Ou plutôt vu 1h00 du film... En fait j'ai loupé tout le premier acte. Mais bon pas grave. Mais je suis assez d'accord avec ta critique pour le coup. C'est exactement ce que je pensais au sortir de la salle de cinéma. C'est rare de voir un film s'adressant en premier lieu aux enfants... mais optant quand même pour un ton assez "sombre" et considérant que nos têtes blondes peuvent apprécier une histoire avec des enjeux importants. Donc Dragons 2 c'est un film plutôt encourageant en terme d'animation. Par contre dommage que le design des personnages et des dragons soit si peu inspiré. D'un côté le film est visuellement très beau avec une profusion d'éléments à l'écran, mais il est terriblement impersonnel dans le design de ses personnages. Sérieusement c'est moi où tout les personnages des précédentes animations se ressemblent. Parce que sans déconner, au niveau look on peut facilement intervertir les protagonistes de Dragons avec ceux de Rebelle ou de la Reine des Neiges ou de Raiponce... Et pourtant ce ne sont pas les mêmes studios qui les produisent.

mr-edward 03/07/2014 20:17

Tu es sûr d'avoir compris le concept de micro-critique ?

mr-edward 04/07/2014 14:36

Si tu mets du temps pour une critique, personne ne va te le reprocher (moins le premier). Chacun ne dispose pas du même temps libre. Au pire, si tu n'es pas sûr de la catégorie en question, demande-nous.

Vivien 04/07/2014 09:49

Bon, j'avais pensé la critique comme une micro-critique, mais vu que j'ai dû la publier rapidement je ne m'étais pas rendu compte que je suis toujours un attardé qui ne sait pas s'exprimer avec moins de 15 paragraphes.

De toute façon maintenant je l'ai remaniée (un peu maladroitement) parce que c'est vrai que ce n'est pas du tout dans le délire des micro-critiques ce que j'ai fait...