Hunger Games 3 : Donnez leur du pain et des jeux

Publié le par yoyo114

 

Quand on a été surpris par l'habileté de Francis Lawrence (Je suis une légende), à s'approprier les codes de la saga Hunger Games dans le volet précédent, tout en y ajoutant un style personnel, la déception est d'autant plus grande devant ce produit manufacturé, sans intérêt, sans âme, qu'est Hunger Games : La révolte. Ici, les scénaristes appliquent la nouvelle mode des studios Hollywoodiens, à savoir couper le dernier volet d'une trilogie en deux pour doubler les revenus (voir même étirer un court livre en trois opus fleuves façon Le Hobbit). Mais si, dans certains cas, le découpage peut être l'occasion d'explorer plus en profondeur la mythologie du roman original, ce volet de Hunger Games donne tout bonnement l'impression de s'arrêter en plein milieu, comme si on avait égaré le reste des bobines.

 

Cette arnaque - car ici on peut utiliser le mot au sens propre - illustre assez bien l'effet néfaste du capitalisme sur le cinéma moderne. Les studios se permettent désormais de produire un demi-film qui, pris indépendamment, n'a aucun début, aucune montée en puissance dramatique, et aucun dénouement (excepté un cliffhanger qui au mieux fera sourire). Un film de révolte, traditionnellement, se déroule comme suit: on découvre le système totalitaire et ses injustices ; un héros se lève contre l'oppresseur : une armée se forme (on suit les entraînements) ; un premier coup est porté contre le pouvoir en place ; le gouvernement réplique et des gentils meurent ; la première bataille a lieu ; les gentils encaissent de lourdes pertes et on pense que tout est perdu ; le héros emmène avec lui une bande d'irréductibles et parvient à neutraliser la source même du pouvoir, dans un dénouement intense et haletant ; un nouveau système plus juste est mis en place, et le héros en fait partie (s'il ne s'est pas sacrifié avant). Voilà un script sans originalité, mais qui aurait le mérite de remplir son contrat. 

Hunger Games 3 : Donnez leur du pain et des jeux

Mais le film de Francis Lawrence s'arrête tout bonnement à la moitié, c'est-à-dire lorsque les rebelles remportent des premières victoires (mineures) contre le Capitole dirigé par l'infâme président Snow, interprété par un Donald Sutherland qui se contente de montrer ses cruelles grandes dents pour mimer le méchant (on comprend qu'il n'ait pas approfondi son rôle, car la plupart de ses scènes se déroulant par Webcam, le pauvre Donald n'a pas dû passer beaucoup d'heures sur le tournage). Pour toute la seconde partie, celle où il y aura de l'action, des enjeux, une construction, il faudra donc attendre le prochain volet. On ne peut pas vraiment blâmer les studios : pourquoi se priveraient-il d'un substantiel profit, alors que les spectateurs aiment se faire enc**er pour huit euros ? Et pour paraphraser une citation de Stringer Bell, dans The Wire : "couper la came, c'est une bonne affaire. Les clients arriveront pas à planer, donc ils achèteront encore plus pour avoir le même effet". Un adage que Lions Gates semble avoir parfaitement assimilé. 

 

Difficile de "planer", effectivement, quand la seule véritable scène d'action du film se passe au début, et qu'elle se résume à une flèche et un petit avion de chasse (scène qui de toute façon a été spoilée dans la bande-annonce). Difficile, aussi, de rentrer dans le film quand on réfléchit un peu au ridicule de la situation. Car le film veut poursuivre la réflexion amorcée dans les deux premiers volets sur l'utilisation des images et la propagande. Katniss, à peine remise de ses épreuves dans l'arène, doit donc tourner des spots publicitaires pour que tous les districts soient au courant qu'elle est vivante, et déterminée. On a droit à un discours du regretté Seymour Hoffman sur la nécessité des symboles pour galvaniser le peuple (grande nouvelle), suivi du rebondissement le plus débile de l'année : Katniss n'est pas convaincante, alors on va tourner les spots sur place, dans un district en cendres, pour lui donner un peu d'inspiration. Ce à quoi la chef des rebelles (pauvre Julianne Moore) réplique qu'elle risque d'être tuée par le gouvernement si elle sort du camp des rebelles. Mais tout le monde s'entend pour dire qu'un bon jeu d'actrice vaut bien qu'on risque sa vie. Il fallait bien inventer quelque chose...

 

 

Au moins cette étape du scénario donnera-t-elle une occasion à Katniss de se battre une fois dans le film. Car, pour le reste, son rôle consiste essentiellement à faire chier le monde avec ses dilemmes, et à pleurer, pleurer, pleurer... Là où le personnage des deux premiers volets était à la fois brave, combattif, mais aussi touchant, l'ersatz de Katniss que l'on subit ici pendant deux heures n'est qu'une gamine capricieuse, qui veut tout à la fois : punir le méchant Snow tout en s'assurant que personne ne meure chez les gentils (pas même son chat). Parlons du chat, d'ailleurs. On sait que le temps de présence d'un chat dans un blockbuster est proportionel au nombre de clichés dans le scénario. Hunger Games 3 ne déroge pas à la règle. Le summum étant lorsque la petite soeur retourne dans la base sur le point de s'effondrer pour aller sauver Minou. Cette scène condense d'ailleurs les éléments de suspense les plus éculés du cinéma d'action : le chat qu'il faut sauver, le décompte (il reste trente secondes), et la porte qui se ferme au touuut dernier moment. A prendre peut-être au second degré. 

 

En bref, non contents de sortir un film sans aucune construction dramatique, les scénaristes se sont visiblement plus inspirés du Manuel des Clichés que du roman de Suzanne Collins. On regarde ça ébahi, attendant sans cesse que ça démarre, et y croyant à peine quand la pancarte A SUIVRE apparaît au bout de deux heures sur l'écran. Rien de honteux dans la mise en scène, ni dans l'interprétation, mais le scénario est d'une telle nullité que les qualités de réalisation ne suffisent pas le hisser au niveau d'un film passable. Fuyez, pauvres fous !

Publié dans Sorties Ciné

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Hunter Arrow 21/12/2014 02:40

Ouah, je vois que j'ai de la concurrence dans le registre des critiques haineuses contre les films qui foutent en rogne... Avoue que t'as trouvé ça bon de pouvoir te lâcher dessus... Ressens le côté obscur qui s'immisce en toi et laisse ressortir ta haine car elle seule pourra triompher de la douleur ressentie par ton petit c*l...

yoyo114 25/12/2014 22:17

C'est plutôt lui qui l'a eu dans le cul, non ? On n'a pas la même vision de l'affaire, me seeemble-t-il

Hunter Arrow 25/12/2014 21:04

Donc en fait c'est bien toi qui l'a eu dans le cululu... Toi tu paies la place pour un bon film, lui il te paies la place pour une bouse...

yoyo114 25/12/2014 11:12

Non, en fait, j'avais payé sa place pour Interstellar la semaine précédente.
Mais, à vrai dire, Interstellar valait les deux billets, contrairement à ce troisième volet de HG.

Hunter Arrow 25/12/2014 04:56

Les amis crédules et généreux, rien de mieux... Bon après je suppose qu'il est aussi un peu responsable du fait que tu es allé voir ce film dont que tu ai passé un moment de merde...

yoyo114 25/12/2014 00:19

Ma seule consolation est que la place a été payée par un ami.
Qui lui l'a vraiment eu dans le c**