Chappie, le retour en grâce de Blomkamp ?

Publié le 14 Mars 2015

Un film de Neil Blomkamp avec Sharlto Copley, Dev Patel, Yo-Landi Visser et Ninja du groupe Die Antwood, Hugh Jackman, Sigourney Weaver

Neil Blomkamp serait il le réalisateur illustrant au mieux le concept de l'ascenseur émotionnel ? Il a autant bluffé son monde avec District 9, que déçu avec Elysium. Quant à ce Chappie, sa 3ème réalisation, les critiques sont plus ou moins partagées, mais qu'en est-il réellement ?

Alors autant vous le dire tout de suite, j'ai beaucoup aimé ce Chappie. Oui à mon niveau nous sommes clairement loin de la frustration ressentie devant Elysium dont je vous avais fais part dans cette critique. En gros je reprochais à Blomkamp de ne pas aller assez loin avec son script et aussi et surtout de confondre vitesse et précipitation dans sa narration. Le tout n'était pas aidé par le fait que l'on en venait à se demander, devant les similitudes avec District 9, si Blomkamp installait son style ou plutôt se contentait de s'auto-parodier. Et rassurez vous, avec Chappie, le réalisateur sud-africain semble vouloir répondre à tout ces reproches, affirmant son style et ses thématiques, tout en prenant le temps de poser les enjeux et les personnages de son récit.

Mais avant d'aller plus en avant dans la critique, je pense que vous devez au moins prendre la peine d'essayer de comprendre ce que le réalisateur à cherché à faire avec son film et ainsi vous saisirez pourquoi je considère ce Chappie comme étant bon car pertinent avec sa démarche. Chappie n'est pas un film d'action. Ce n'est pas non plus une oeuvre voulant réfléchir sur l'intelligence artificielle et avec un sous texte social. Non ce n'est rien de tout cela. Chappie c'est juste un conte de fée version punk et à ce tite il emprunte toute les caractérisations inhérentes au conte de fée.

Et vous avez besoin d'être convaincu par ce que j'avance ? Qu'à celà ne tienne voici quelques exemples. Tout d'abord rien que le personnage interprété par Yolandi, qui permet à elle seule de saisir l'idée de ce conte punk. On a typiquement une femme enfant au look punk. A elle seule elle affirme cette idée d'un décalage. Pas convaincu ? Et que dites vous de l'environnement dans lequel Chappie évolue, à savoir une usine désaffectée recouverte de peinture murale au look enfantin. Et la BO de Zimmer avec des sonorités empruntant aux comptines pour enfants mais aussi avec des sons électros... Et tout le film est à voir sous cet unique angle : le conte pour enfant version punk.Et une fois que vous avez saisi cette idée, tout les choix entrepris vous paraitront bien plus compréhensibles.

Chappie, le retour en grâce de Blomkamp ?
Chappie, le retour en grâce de Blomkamp ?

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Et c'est tels un conte que ce Chappie va choisir de se focaliser sur un aspect particulier de son récit, à savoir la construction identitaire d'un individu "spécial". Car au final le fait que Chappie soit un robot n'est là que pour accentuer l'aspect marginal du héros, chose que l'on retrouve régulièrement dans les contes (Pinocchio ou le vilain petit canard) mais aussi dans la filmographie de Blomkamp. En effet ce dernier préfère clairement filmer ce genre de personnages que ceux formatés par la société. Un autre point où cette œuvre nous rapproche du conte c'est dans la caractérisation affirmée des autres protagonistes, ceux-ci jouant un rôle bien établi dans la construction identitaire de Chappie. Ainsi l'on retrouve l'archétype de la mère, figure affectueuse, celui de l'ami avec Yankee, celui du père figure écrasante souhaitant que son "fils" suive la voie étouffante qu'il lui trace, quitte à le manipuler et enfin le mentor qui va dicter les principes moraux du héros. D'ailleurs au sujet du mentor; rôle tenu par Dev Patel, il est intéressant de constater qu'il est aussi caractérisé par la fonction de Créateur de Chappie et ainsi il est difficile de ne pas voir entre les deux une connotation faite par rapport à la foi du héros, cette dernière pouvant participer à sa construction identitaire.

C'est en ce sens que je considère que l'on ne peut pas dire que ce film soit une oeuvre ratée comme on pouvait le faire avec Elysium. Blomkamp a choisi un partis pris et il s'y tient complètement. Ainsi vous pouvez râler sur l'ultra caractérisation classique, le fait que vous avez l'impression d'avoir déjà vu ce film ailleurs, ça n'en fait pas un mauvais film. C'st même normal, vu son partis pris, qu'il repose sur cette caractérisation des personnages et leur posture archétypale. L'inverse serait une erreur justement. Et puisque j'en suis à parler des archétypes, comment ne pas évoquer celui du méchant tenu par un Hugh Jackman délicieusement bougon... Pour vous dire il a composé son personnage de sorte à ce que l'on se demande si ce n'est pas l'impossibilité de tuer tout ceux qu'il croise dans la rue qui l'énerve ou alors si il ne s'est pas réveillé avec une méchante crise d'hémorroïdes... ou oserais je dire, d'hémodroïdes...

Cet extrait m'offre la transition idéale pour admettre qu'avoir de bonnes idées et un bon partis pris ne suffit pas à faire un bon film et encore faut il que des qualités formelles soient présentes. Et c'est le cas dans ce Chappie, ce qui me rend assez perplexe quant à sa réception assez froide. On a pas mal reproché à Blomkamp d'avoir encore usé du ressort scénaristique du personnage à la durée de vie limitée, mais finalement ce gimmick dramatique fait complètement sens avec la réalisation du bonhomme. Car si les rares scènes d'actions sont plus posées que dans son précédent film, Blomkamp confirme qu'il aime avoir un style incisif, où l'intrigue avance dans chaque scène... Mais ici, à l'inverse de Elysium, il ne confond pas la vitesse et la précipitation. En effet chaque scène nourrit un but narratif ou dramatique mais jamais je n'ai eu cette impression que quelque chose de vital manquait. Et si parfois j'ai pu ressentir les coupes faites au montage, globalement tout y est pour que l'on puisse croire aux évolutions des personnages et de leur relation.

Autre détail inhérent à ce réalisateur : son univers visuel juste superbe. Certains semblent considérer qu'il n'en a pas et... comment on peut dire ça ? En seulement 3 films le garçon a imposé sa patte visuelle si bien que dès les bandes annonces vous pouvez reconnaitre que c'est un de ses films. Mais le pire est quand on se retrouve face à l'autre extrême, c'est à dire ceux lui reprochant de se répéter visuellement en seulement trois films (j'aime le rappeler). Mais alors que dire d'un Burton qui a utilisé les mêmes gimmicks visuels pendant... quasiment toute sa carrière. Cette critique étant encore plus idiote quand on la met en perspective avec d'autres exemples. Vous allez reprocher à Scorsese d'avoir régulièrement mis la ville de New-York en avant ? Ou encore à Michael Mann de faire des thrillers urbains à l'image léchées. Enfin je veux dire comment on peut reprocher à un réalisateur d'avoir son style ou son type d'univers à lui, soit disant parce que ce serait fainéant... Et plus encore quand on parle d'un mec qui n'en est qu'à son troisième film ! Franchement dans le registre remarques débiles et stupides, j'en ai lu beaucoup, mais les gars qui sortent ce genre de choses ils ont remporté le pompon du manège et en prime une bonne tarte sur leur tronche... Les gars, réfléchir à ce que l'on dit ça n'a jamais fait de mal, hormis à Steevy Boulet qui risque la rupture d’anévrisme si il use trop de son cerveau.

Sinon, pour en revenir au film, il tient aussi grandement grâce au talent des comédiens et en particulier Sharlto Copley qui fait un énorme travail ne serait ce qu'au niveau gestuel pour rendre ce robot à la mentalité enfantine crédible et attachant. Et si j'ai eu une grande appréhension devant le rôle proéminent donné aux membres de Die Antwood, je dois reconnaitre que si l'on excepte quelques petits ratés, ils tiennent correctement leur rôle et surtout ne détonnent pas dans l'univers de Blomkamp, au contraire ils le renforcent. Par contre j'avoue que leurs chansons j'aurais allègrement pu m'en passer... Je pense que mes tympans ont saigné à chaque fois que je les entendais... Car oui je déteste le style de Die Antwood. Et puisque l'on en est à parler musique, Zimmer fait un travail assez sympathique sans non plus être transcendant. si l'on excepte ce dont j'ai parlé plus haut.

Donc en conclusion j'ai un peu de mal à comprendre les mauvaises critiques que se prend ce film. Bien sur l'effet de la claque est passé et l'on n'est pas au niveau d'un District 9 , mais on est clairement en face d'un film bien plus abouti que ne l'était Elysium, qui bien que raté n'était pas mauvais (nuance importante). Tout ce qu'il faut pour l'apprécier c'est simplement de comprendre comment le prendre à sa juste valeur. Et une fois que cet effort est fait, faut bien reconnaitre que l'on est devant une oeuvre pertinente dans son propos. Il n'est sans doute pas le film que vous auriez voulu, mais il n'est pas un mauvais film pour autant. Ce n'est pas transcendant, mais cela constitue un divertissement de qualité confirmant un vrai talent chez Blomkamp et une certaine volonté de prise de risques contrairement à ce que l'on pourrait croire.

PS : Si vous en avez l'occasion, surtout voyez le film en VOSTFR et non pas en VF qui est clairement à proscrire. Cela fait plus d'une dizaine d'années que les VF ont significativement baissées en qualité, mais là devant ce Chappie, la société de doublage démontre qu'elle n'en avait clairement rien à foutre. C'est juste horrible tant rien ne colle.

Quoi de mieux qu'une image d'un Hugh Jackman bougon ? Une deuxième image de Hugh Jackman bougon...

Rédigé par Hunter Arrow

Publié dans #Sorties Ciné

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serrurier paris 29/03/2015 14:55

Votre blog est une source d'inspitation ! merci pour vos articles.
Patrick.

Hunter Arrow 21/04/2015 17:03

Merci pour ce message qui nous encourage toujours à continuer.

dofus-generateur.blogspot.fr 28/03/2015 14:42

Merci pour cet article .

Hunter Arrow 21/04/2015 17:03

De rien, c'était un plaisir de l'écrire...