Unfriended, Micro-Critique d'un Micro-Film

Publié le par Vivien

Oui, il faut toujours que je sois là pour critiquer les films d'horreur qui ont l'air un peu nul. 

Film au concept particulier et qui a récolté des critiques mitigées, Unfriended n'est pas la première sorte de film-ordinateur mais très sûrement la première production de ce type à sortir dans le circuit normal de salles en France, cela étant peut-être dû à la présence de Jason Blum à la production, un mec qui a compris qu'à défaut de ne produire que d'excellents films d'horreur (des étroncs comme Ouija ou American Nightmare sont, comme tout excrément qui se respecte, durs à avaler), produire des pellicules pour une somme modique relevées vers le haut (c'est-à-dire vers une sortie en salle) par un concept assez original et intriguant ne peut que ramener pas mal d'argent, et comme on le voit avec sa grande activité, il n'y a pas de petits profits.

Ainsi, comme la plupart de ces productions, on sort d'Unfriended avec l'une de ces deux conclusions : Soit ce sera un film d'horreur sympathique, soit ce sera ce que Jeff Goldblum appellerait un "gros tas de merde" avec un concept qui ne sert qu'à rameuter la horde de jeunes gens en manque de sensations ou qui ont envie de s'adonner à toute activité régressive ou sexuo-érotique dans un type de séance où le manque de respect des autres est souvent à prévoir.

Heureusement pour moi, ma séance était plutôt calme et peu peuplée, ce qui s'est montré agréable dans un film avec pas mal de silence mais aussi représentatif du fait que le film ne marche pas très bien. La raison principale serait que Unfriended ne se montrera que plus efficace sur un écran d'ordinateur, la cause étant imputée à son concept, qui tient quant à lui à amputer le champ de vision du spectateur sur l'histoire à la simple capture d'un écran du Mac du personnage principal. Le film est donc techniquement un plan-séquence (le grand procédé de cette année 2015 après les excellents Birdman et Victoria) demandant peu de budget et de finition technique/esthétique, l'action n'étant vue qu'à travers une conversation Skype, des i-messages et des pages internet.

En étant le premier visionnage de ce genre pour beaucoup de personnes dont moi, je dois reconnaître qu'au niveau de l'exploitation du concept, le film marche plutôt bien et utilise beaucoup de choses différentes, ce qui permet de ne pas s'ennuyer. Les 6 ados sont comme on pouvait s'y attendre une vision assez restreinte et stéréotypée de "jeunes branleurs du XXIème siècle", mais il n'empêche que la réalisation du film lui donne un véritable aspect générationnel, car on ne pourrait pas s'attacher à des ressentis horrifiques et angoissants présentés dans le film par rapport aux réseaux sociaux ou aux nouveaux moyens de communication si l'on n'utilisait pas un ordinateur et des réseaux sociaux quotidiennement. Là je ne dis pas qu'aucune personne de plus de 30 ans ne peut avoir d'expérience avec ces nouveaux outils, mais je fais plutôt référence à notre génération qui a été baignée dedans de force, et se reconnaître dans l'écran d'ordinateur présenté dans le film nous permettra d'être plus pris par les éléments surnaturels et inquiétants.

Bon, par contre au niveau des images dans cet article vous aurez que du skype, très excitant

Bon, par contre au niveau des images dans cet article vous aurez que du skype, très excitant

Donc malgré les critiques assassines, j'ai trouvé ce Unfriended un peu au-dessus de la plupart des films d'horreur pour adolescents. Cette négativité générale, je peux la comprendre à certaines instances de grande stupidité (l'héroïne contacte des gens au hasard sur Chatroulette pour appeler la police à sa place, oui ça n'a pas de sens) et à des personnages qui deviennent irréalistes vu à quel point ils se mettent des couteaux dans le dos, puisqu'ils sont censés renforcer le sous-texte du film sur le harcèlement et à quel point on peut tous se rendre coupables. Mais à part ça, Unfriended manque de budget mais pas de quelques bonnes idées et points positifs. Le premier, c'est la représentation de l'utilisation de l'ordinateur et de l'internet dont je vous ai déjà parlé qui contrebalance la naïveté du message sur les trolls et les déferlements de haine qui ont causé le suicide du fantôme/démon qui tourmente les personnages du film (en plus le scénario se base sur des expériences personnelles du réalisateur donc comme ça vous avez une preuve que je n'ai pas de coeur). 

Le deuxième point positif, c'est la gestion de l'ambiance, où l'on revient donc à l'importance d'une salle calme ou d'un visionnage calme. Le film distille tout du long un certain sentiment d'oppression car on sait qu'on ne peut jamais espérer s'échapper de l'écran d'ordinateur et donc échapper à ce qu'il se passe. Une autre critique récurrente contre le film s'adresse au fait qu'apparemment il ne se passe rien, mais c'est l'ingrédient d'un build-up plutôt bien géré : à moins que vous ayez déjà vu le trailer qui spoile absolument tout, les images-choc sont efficaces et le film est plutôt efficace horrifiquement parlant. Parce que oui, il ne faut pas oublier qu'on parle d'un film d'horreur, de plus un film d'horreur qui tente un espèce de truc risqué et fragile comme un château de carte donc on s'attend à pardonner un peu plus de défauts qu'en temps normal puisque c'est avant tout un cinéma viscéral.

Il est donc dommage que les meurtres façon slasher soient souvent accompagné de sons forts et parfois extra-diégétiques, brisant la barrière de l'écran du PC (alors qu'au niveau extra-diégétique on s'accomodait plutôt bien du bruit d'ambiance qui fait froid dans le dos). Mais en dehors des morts, les disfonctionnements de l'ordinateur additionnés à la bonne utilisation de ce type de réalisation et le silence angoissant m'ont fait ressentir ce sentiment d'inquiétante étrangeté : on est dans un lieu de confort, l'écran d'un ordinateur et les pages de réseaux sociaux, mais il y a juste un petit quelque chose qui ne va pas, qui rend le tout plus malsain et angoissant et ça c'est bien. Vas-y t'as vu je fais comme dans les romans, je mets un truc en italiques et dans votre tête vous le lisez comme si c'était le mot le plus important et accentué de tout l'article. Enfin bref, à moins que je sois devenu une tapette après avoir arrêté de publier régulièrement, j'ai trouvé le film efficace au niveau de la tension. Et là maintenant je sais qu'il y a un mot que vous cherchez éperdument dans cette "micro-critique", et je vais vous le donner à bouffer :

 

Conclusion

Bon j'avoue je suis très sympa avec ce film, et vous aurez peut-être compris entre les lignes que ça ne vaut pas une séance de cinéma tarif max (mais il n'y a vraiment pas grand-chose à se mettre sous la dent niveau sortie quand même). Unfriended est bridé par son concept, mais dans cette forme je ne vois pas comment il aurait pu faire beaucoup mieux que ça. C'est un film d'horreur efficace, et qui m'a plus accroché à mon siège qu'un autre film d'horreur lambda sorti cette année (It Follows était bien mieux mais je ne le considère pas comme un film d'horreur lambda justement), mais ce genre nouveau d'horreur a peut-être besoin d'une dynamique différente ou d'un réalisateur plus expérimenté, car malgré la bonne tenue de l'ensemble, on retrouve assez peu d'efforts esthétiques. 

Avec son "nouveau" concept, Unfriended garde un peu de personnalité mais si les films-ordinateurs se multiplient, il va très probablement la perdre comme le Found Footage du Projet Blair Witch. En fait, remplacez "Personnalité" par "Virginité" et vous aurez une métaphore plus intéressante qui renforce mon point de vue.

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mr-edward 14/07/2015 22:53

Euh, t'es sûr d'avoir vraiment compris le concept d'une micro-critique ?! Sinon, bonne critique.