Mois Star Wars : La prélogie, pourquoi c'est le Mal ?

Publié le par Hunter Arrow

Mois Star Wars : La prélogie, pourquoi c'est le Mal ?

Introduction

A moins de vivre dans une caverne enfermé avec un Vivien cannibale sauvage, vous ne devez plus ignorer ce fait : STAR WARS VII sort cette semaine. Loin de moi l'idée d'uniquement surfer sur le buzz du moment avec cette suite d'articles qui sortiront dans le mois (j'en prévois 2 + la critique du dernier opus). Non en réalité cela faisait un moment que je voulais parler de ce qui constitue pour moi la saga cinématographique la plus importante à mes yeux... à égalité avec Rocky. Toutefois bien qu'adorant la licence, j'ai toujours considéré être lucide sur cette dernière, évitant ainsi de fourvoyer mon admiration pour elle en lui trouvant de fausses excuses. Avant tout je considère que Star Wars c'est 2 chef d'oeuvres (le IV et V), un bon film pourri par le marketing mais avec des fulgurances de l'ordre du génie (le VI) et 3 films médiocres avec la prélogie.

Et c'est de cette dernière dont je vais vous parler ici. Non pour ressasser ce que tout le monde a déjà dit ailleurs à savoir que Jar Jar il craint, que Hayden Christensen joue comme une huitre décomposée depuis une semaine, que le film abuse du numérique. Ca tout le monde en a déjà assez parlé. Et si ces éléments peuvent revenir dans mon analyse, il ne seront là qu'à titre d'exemples pour exposer des points qui selon moi contribuent réellement aux errances des films. Voilà c'est parti pour le décorticage de Pourquoi la Prélogie c'est le Mal.

Mois Star Wars : La prélogie, pourquoi c'est le Mal ?

Au commencement il y a les intentions

Je ne vais pas commencer cet article en démontant bêtement la prélogie, voir je vais même défendre sa mise en chantier et son existence. Car contrairement à ce que j'ai pu lire à gauche et à droite, Georges Lucas n'a pas fait ces films uniquement pour le pognon et il y avait un intérêt de les faire. Cet intérêt de manifeste dans les deux idées directrices qui ont été la base de la construction de cette prélogie :

1. Développer la chute d'Anakin Skywalker en Darth Vader. Selon certains rien que cette idée tenait du non sens car à elle démystifiait la figure de méchant iconique que représentait le célèbre asthmatique. Et j'ai envie de vous dire que c'en était là tout l'intérêt. La mystification faite autour d'un protagoniste tient en deux choses : tout d'abord le mystère fait autour de sa personne et ensuite la portée de ses actions. Évidemment si l'on développe la figure d'Anakin Skywalker et ainsi le passé du personnage, on lui retire tout mystère. Mais ce n'est pour autant que c'est une chose mauvaise. En humanisant le protagoniste on contextualise d'autant mieux ses actions, en lui donnant un passé et en entremêlant celui ci dans des évènements épiques, on assoit la dimension mythologique du personnage, dimension renforcée par la nature tragique de son destin. Donc révéler le passé de Vader n'avait rien d'une mauvaise idée à la base. De plus cela faisait un parfait écho avec le parcours de son fils, Luke Skywalker renforçant pour le coup, les enjeux de ce dernier. Donc on avait une première base qui en soi justifiait la mise en chantier de ces films.

2. Développer la chute d'une démocratie vers une dictature. Là encore on tenait une très bonne idée autour de laquelle articuler le récit. A la base, le côté obscur et le côté clair de la Force c'est pas juste un concours de membres turgescents pour savoir qui est le plus balèze (n'en déplaise à certaines fanfictions). Non c'est davantage une parabole pour illustrer des idées bien concrètes. Dans la saga originale il est question avant tout de construction identitaire et ainsi le côté obscur et lumineux sont là pour mettre en exergue les choix qu'un individu peut faire pour se construire dans sa vie. Va-t-il n'agir que dans son intérêt ? Imposer sa personne et ses idées par la force ? Ou alors va-t-il choisir une vie où l'abnégation passera au dessus de ses propres intérêts immédiats. C'est assez manichéen mais dans les faits ça fonctionnait. Et là en offrant à la saga une dimension plus politique, on pouvait rendre cette dernière moins manichéenne. De plus l'idée de côté obscur et lumineux devenait cette fois une parabole entre le choix d'une dictature ou celui d'une démocratie, renforçant la dimension universelle des idées de cette franchise. Les principes de cette saga ne s'adressent pas qu'à des enfants allant devenir des adultes, ils s'illustrent aussi dans les fondements de notre société.

Et ce serait mentir que de dire qu"à aucun moment ces idées ne se retrouvent dans les films. Ainsi on notera une intéressante symétrie entre les parcours de Anakin et son fils. Autant dans les épreuves qu'ils rencontreront que dans leurs dilemmes. D'ailleurs dans chaque films des deux trilogies les personnages centraux que sont Anakin et Luke sont au même point. Dans l'épisode I et IV il est question de l'enfance, l'exaltation de l'aventure et l'aspiration à une vie plus grandiose, la volonté de faire changer les choses. Dans les opus II et V on a des héros davantage sur d'eux même mais devant faire face à leurs premiers échecs et désillusions. Dans les épisodes III et VI, c'est plus instruits et conscient des enjeux qu'ils feront les choix qui détermineront la suite de leur existence mais aussi celle de la galaxie.

Au niveau de la politique, Lucas s'est assez intelligemment référencé à un schéma qui a déjà eu lieu dans nos société. Ainsi l'on peut décemment voir des similitudes dans l'arrivée au pouvoir de Palpatine et celle d'Hitler.... Déjà rien que dans les attributions des titres de Chancelier... qui par des situations de crise vont se faire voter les pleins pouvoirs... et une fois ces derniers acquis ils réorganiseront l'essentiel de leur société et des institutions. Sur le papier ça tenait parfaitement.

De plus en dehors de ces deux axes autours desquels la prélogie s'articule on retrouve aussi quelques fulgurances particulièrement intéressantes en terme de narration. Mon premier exemple sera quelque chose qui est encore régulièrement critiqué : la taxation des routes commerciales de l'épisode I, La Menace Fantôme. C'est sur que commencer un Star Wars avec ça dans son texte défilant c'est bien moins vendeur que l'évocation d'une guerre civile. Et pourtant en ce qui me concerne, c'était bien vu car cela amenait, volontairement ou non, deux choses assez subtiles mais pourtant essentielles pour la suite. La première c'est que cela nous montre une galaxie en paix dont les affaires les plus "graves" sont de l'ordre du litige commercial. Cela nous donne une idée de la stabilité que connait la période actuelle et quand on sait que chaque opus amènera une nouvelle dégradation dans la situation de la galaxie (blocus commercial dans l'épisode I, sécession dans l'épisode II, guerre dans l'épisode III), il est logique de commencer avant tout par quelque chose de banal qui instaure un point de départ. Et à ce titre là que la plus grosse problématique du moment au début de la Menace Fantôme soit une taxation des routes commerciales et bien c'est pertinent. Et l'autre idée toute aussi intéressante c'est de nous révéler qu'une telle banalité soit gérée par les Jedi. Encore une fois cela nous donne des indications sur le rôle de ces derniers dans la galaxie (diplomates pouvant apporter une médiation) et la banalité des affaires qu'ils peuvent traiter. On est dans une démarche de démystification où le Jedi perd dans sa dimension mythique pour devenir un élément du quotidien bien concret ce qui est une notion essentielle à appréhender dans cette prélogie. Et le dernier point que cette situation initiale soulève (mais là ça tient à 100% de mon interprétation personnelle) : c'est que cela indique au spectateur que les Jedis ne sont pas nécessairement prêts à affronter la menace que constituent les Sith. Je sais que dans l'UE on a décrit des situations de crises pré épisode 1 plus tendues que celle rencontrée dans ce film, mais moi ce qui m'intéresse c'est ce que le film nous dit lui même, pour lui même. Et là ça marche parfaitement.

Alors la je ne vous ai donné qu'un seul exemple très basique mais qui à mon sens démontre que parfois le bashing fait autour de la prélogie démontre une incapacité de certains à surpasser leur déception et prendre du recul sur ce qu'ils regardent. Et moi même avant de vraiment critiquer la prélogie, je dois faire preuve de bonne foi et oser affirmer, que oui il y a de très bonnes choses dans celle-ci et en particulier dans son écriture. Non Lucas n'est pas un vulgaire tâcheron qui n'en avait rien à battre de ce qu'il faisait. C'est un mec qui malgré tout possédait un sens narratif lui permettant d'étayer des idées assez intéressantes sur le papier. Et parfois certaines fonctionnent très bien... mais malheureusement la majeure partie est gâchée par ce que je vais traiter dans la suite.

Mois Star Wars : La prélogie, pourquoi c'est le Mal ?

Ensuite il y a la mise en application.

Et là ça y est vous qui vous attendiez à une critique sur la prélogie et qui étiez déjà en train de me traiter d'escroc parce que j'étais gentil au début... et bien là vous allez être satisfait parce que je ne vais plus être gentil. Tout l'échec artistique de la prélogie ne tient absolument pas dans les intentions de bases mais bel et bien dans leur mise en application. Toutes les pires décisions qui pouvaient être prises autant au niveau formel que parfois de l'écriture l'on été. Et si je me suis attardé longuement sur les intentions c'est pour vous faire comprendre toute la tragédie ou plutôt l'ironie de cette situation : tout les échecs sont le fruit d'une volonté de faire au mieux... mais pas que.

Et je vais illustrer à nouveau cette idée avec un exemple provenant de toute la partie politique se déroulant sur Coruscant et qui en a ennuyé plus d'un. En fait Georges Lucas était conscient des difficultés à faire une saga se centrant davantage sur des machinations politiciennes. Visiblement dans son esprit, cela allait moins plaire aux spectateurs... Bon House of Cards, The West Wing, Game of Thrones se marrent dans leur coin en démontrant que l'on peut se centrer sur des jeux de pouvoir et passionner son audience avec ça. Suffit de savoir bien l'écrire, ce que n'a pas su faire Georges Lucas qui n'est définitivement pas Aaron Sorkin. Mais surtout il a été handicapé par un aspect de la franchise qui pourtant était à la base sa plus grande qualité : sa dimension tout public. Comment écrire sur la politique pour une audience assez jeune qui n'attendais pas ça d'un Star Wars. Et là Lucas s'est cassé les dents en se vautrant dans un mur. Il s'est retrouvé à devoir écrire quelque chose qui ne pouvait être intelligible que pour un public adulte mais devant être compris par des enfants. Et le résultat ? Et bien ça a emmerdé les gamins et le public plus âgé n'a pas été convaincu par un traitement trop léger.

Finalement Georges a manqué d'une chose : de raisonnement. Il s'est refusé à devenir segmentant et s'est retrouvé à écrire quelque chose de bancal. Il décrit une chute de la démocratie toutefois dans les faits, cette dernière est illustrée de manière si légère qu'elle peine à convaincre. Excusez moi mais j'ai toujours du mal à me dire qu'une assemblée de Sénateurs va accepter sans sourciller le discours d'un mec s'auto-proclamant Empereur de la Galaxie. Je ne dis pas que ce n'est pas possible, juste qu'il manque un effet de transition. On nous montre une conséquence mais pas les causes ou en tout cas celles ci sont insuffisantes pour justifier un passage aussi brusque. Dans l'épisode I on se retrouve avec un Palpatine élu Chancelier juste parce que... il y a un courant de sympathie pour la planète qu'il représente. Excusez moi mais c'est quand même insuffisant. D'un autre côté il se fait voter les pleins pouvoirs sous la pression de la menace de Sécession sans forcément qu'il n'y ai eu d'actes de guerres enclenchés... Pour faire une analogie avec la réalité rappelons que Hitler s'est fait octroyer les pleins pouvoirs après un attentat qui a légitimé un besoin d'autorité. On nous dit que Palpatine est aidé par le fait qu'il a corrompu le Sénat pour arriver à ses fins, mais on n'a jamais d'exemples concrets sauf quand il faut faire passer des gros trucs. Mais pour le coup ça donne une impression d'écriture inconsistante, la faute à une volonté de ne pas gaver le public avec des manœuvres politiciennes... On va directement à l'essentiel mais pour le coup ça ne convainc guère.

Ce manque de subtilité et cette absence d'états de transition handicape un autre aspect qui était le pilier de cette prélogie : la conversion d'Anakin au côté obscur de la Force. Je n'irais pas dire comme certains l'affirment que le garçon bascule trop vite dans l'épisode III... Non ce n'est pas le cas. Juste qu'il manque clairement des étapes dans l'exploration de cette idée. Le cheminement est cohérent mais il est incomplet. Déjà on notera l'absence de subtilité dans la conversion du personnage ou en tout cas l'absence de subtilité dans l'approche de Palpatine pour tenter Anakin. Dans l'épisode III on a un grand méchant qui va vanter les mérites des pouvoirs du côté obscur et ce en enrobant à peine la chose... Là j'ai un peu de mal à croire qu'une personne s'étant battue 3 ans contre les Sith va accepter sans sourciller qu'on leur fasse de la promo à peine déguisée. Alors on comprend ce qui le tente chez les Sith et dans l'épisode II, après la mort de sa mère on s'aperçoit qu'il a une philosophie très liée à l'idée que le pouvoir est ce qui vous permet d'arriver à vos fins. Plus on a de pouvoir, plus les choses peuvent se plier à notre volonté. Sauf qu'un tels point de vue ne lui ai pas juste venu comme ça... Il y a bien eu quelqu'un qui a planté les germes de ce raisonnement et on se doute que ce n'est pas Obi Wan Kenobi. Et là on constate que dans l'épisode II, il manque plus de scènes entre Anakin et Palpatine dans lesquels on explore davantage la relation entre les deux et l'influence du futur Empereur sur le futur grand méchant. Mais comme on n'a pas exploré au bon moment, on se retrouve avec la Revanche des Sith qui se doit de combler ce manque et ce en peu de temps... Résultat on se retrouve avec encore une fois un traitement inconsistant même si il ne manque pas de bonnes choses.

Encore une fois Georges Lucas s'est fait piéger par sa volonté de raconter quelque chose de dramatique, sombre et complexe mais de devoir l'incorporer dans un tout qui se devait d'être un divertissement "familiale". Mais là où il s'est surtout loupé c'est dans l'humanisation de son propos. Parce que oui c'était essentiel pour que l'on adhère à son histoire. Mais comment adhérer à un univers où l'humain et où tout ce que ce dernier peut accomplir, se retrouve absent de l'écran ? Et là je vais revenir sur l'aspect tout numérique de la prélogie. Le problème ne vient pas uniquement d'un aspect "full cgi" dénotant avec les films originaux. Ni même le fait que cela donne un aspect visuel assez bancal à l'ensemble, le tout ayant pris un sérieux coup de vieux. Non en réalité le vrai noeud du problème vient dans la façon qu'à Lucas de mettre en scène ses effets numériques, ou plutôt comment il met en scène des personnages évoluant dans un film baigné de numérique.

Que l'on ne s'y trompe pas, je n'ai rien contre les environnements numériques. Bien filmé, cela peut donner des résultats tout à fait convainquant comme pour le King Kong de Peter Jackson sorti en 2005 et Avatar de James Cameron datant de 2009. Le truc c'est que ces deux réalisateurs ne se sont pas contentés de mettre en image un environnement en CGI assez complexe visuellement. Ce qu'ils ont fait c'est qu'ils ont filmé des personnages, en live ou en performance capture, interagissant AVEC ces environnements et c'est tout ce qu'il manque dans la mise en scène de Lucas. Parce qu'en soi ses décors en CGI sont très réussis qu'il en soi d'un point de vue artistique et même technique. On voit qu'ils grouillent de détails, ces derniers ayant été souvent ajoutés sur inflexion de Lucas. Il suffit de regarder certains arrières plans où il y a de la vie dans ces images. Le problème c'est que le numérique semble plus vivant que les acteurs réels et là ça bloque.

Les faits sont là, Georges Lucas est un piètre directeur d'acteurs. D'ailleurs pour l'épisode III ce n'était même pas lui qui les dirigeait mais ce que l'on pourrait considérer comme étant un coach dramatique... Sérieusement regardez les documentaires sur le DVD du film, ils ne s'en sont même pas cachés. Et déjà on a des acteurs qui sont dirigés par un mec même pas impliqué dans l'histoire (c'est quand même dingue que celui qui écrit et réalise ne soit même pas capable d'indiquer ses intentions à ses acteurs), mais en plus ces derniers doivent composer devant des fonds verts avec quasiment rien avec quoi interagir. Je ne dis pas que ce n'est pas possible de bien jouer dans un film avec des fonds verts, juste que là ils en avaient tout les éléments pour que ça ne marche pas. De plus beaucoup ont mis en exergue la pauvreté de la mise en scène des passages de dialogues pourtant assez prépondérants dans la prélogie, dénonçant un abus de la technique du champ/contre-champ. Pour moi cela n'est que la partie visible de l'iceberg. Personnellement si il y a une chose qui me choque dans cette prélogie c'est le fait que la plupart des scènes de dialogues débutent avec des personnages immobiles, ne faisant rien ou alors dans le meilleur des cas ils marchent dans une pièce numérique et ils entament leur discussion pile au moment où la caméra est sur eux. Je trouve que cela donne une superficialité à la mise en scène. Et ce qui est dingue c'est que ce défaut ne vient pas avec l'épisode I. Plus Lucas va devenir dépendant des environnements numériques, plus il va se concentrer sur ces derniers et moins il va chercher à crédibiliser ses personnages dans leurs interactions.

Vous avez besoin d'exemples pour illustrer mes propos ? Et bien prenons le cas de la Menace Fantôme qui gérait encore à peu près bien les entames de dialogues. Je vais prendre deux scènes : celle dans la maison d'Anakin où les héros discutent à table et la première fois que l'on voit Qui Gon s'adresser au conseil. Dans la première scène et bien on a des personnages qui évoluent dans un environnement qu'ils peuvent appréhender, vivant une situation quotidienne. Ils n'ont qu'à se comporter comme ils le feraient normalement. Et ça fonctionne très bien. Dans l'autre scène avec le conseil, Lucas a une idée très bête : nous faire prendre la discussion en route. Et bien ça c'était une bonne idée. Ca évitait d'avoir deux pégus plantés en plein milieu d'une salle, s'adressant à d'autres pégus plantés sur leur siège et devant lesquels on se serait dit autrement "mais avant que la caméra ne soit là, ils faisaient quoi ?". Là ils ont commencé le dialogue, ce que l'on n'a pas entendu c'est de toute façon le récit de tout ce que l'on a vu avant (donc ça n'aurait eu aucun intérêt de le montrer) et l'effet fonctionne très bien.

Mais voilà ce soin quant à la mise en contexte du dialogue va de plus en plus disparaitre au fur et à mesure que la saga va progresser et la résultante sera l'impression que les personnages ne vivent pas dans cet univers numérique. En effet quand la caméra n'est pas fixée sur eux... et bien ils ne font rien et restent plantés en chien de faïence dans l'attente qu'elle se braque sur eux pour qu'ils puissent faire leur petite exposition. C'est le genre d'élément tout bête, auquel on ne pense spontanément en tant que spectateur, mais pourtant c'est bel et bien ça qui contribue à crédibiliser un univers. Si vous avez l'impression que les personnages, qu'ils soient "réels" ou en CGI, ne vivent pas dans l'environnement dans lequel ils sont censés évolués et ce même quand l'objectif n'est pas pointé  dans leur direction, et bien vous ne pouvez pas croire en cet environnement et par la même en ces personnages. Et ce problème est encore plus vrai si tout semble ostentatoirement factice visuellement comme c'est le cas avec des décors en CGI.

Mais tout ce que je viens de détailler ici résulte d'une seule chose que je vais traiter maintenant.

Mois Star Wars : La prélogie, pourquoi c'est le Mal ?

Au final, un problème de contrôle absolu.

Parce que oui, la base de la base du problème il était là : l'omniprésence, voir l'omnipotence de Georges Lucas à tout les niveaux de la production de ces films et l'absence totale d'une voix de contradiction. L'idée ici n'est pas de dire que Lucas est un connard sans talent et que les films auraient été meilleurs si ils avaient été réalisés par un autre. Par le passé le réalisateur a prouvé qu'ils pouvaient faire de très bons films, dont l'épisode IV qui demeure formidable malgré la simplicité de sa mise en scène. On décèle malgré tout les influences du bonhomme qui parvenait sans peine à insuffler un sens du merveilleux avec une impression de découverte et de plongée dans un contexte épique nous dépassant, et ce malgré des moyens limités. Georges Lucas possédait et à encore par moment dans la prélogie, un vrai sens de la narration visuelle et cela demeure un atout dans ses films. Le truc c'est qu'il n'était pas sur la prélogie que le réalisateur... il était aussi le producteur, le scénariste, le patron du studio donc par essence l'investisseur. Et l'air de rien la prélogie reflète parfaitement la symbiose de la fusion de ces différentes casquettes dans un seul homme qui a cherché à mettre en image son histoire, tout en s'affranchissant des difficultés de productions. Excluant ainsi la notion d'aléatoire qu'impliquait des tournages en extérieur mais aussi en diminuant au maximum les coûts de production.

C'est dans ce contexte assez particulier que la garçon a fait des choix, dont certains sont assez logiques quand on se place du point de vue pragmatique d'un producteur. Rappels sur les tournages Star Wars : l'épisode IV a été un enfer à tourner, l'épisode V a connu des conditions climatiques extrêmes sur le plateau en Norvège et le pompon c'est avec l'épisode I : une tempête de sable a ravagé les décors Tunisiens mais surtout les maquettes construites à échelle 1/1 des modules de course. Cela a retardé grandement la production et majoré les frais de cette dernière. Donc quand vous êtes producteur, voir même uniquement réalisateur et que vous en avez marre d'avoir à faire à de telles situations de poisse, l'emploi de CGi pour créer les décors parait être une bonne option. Si cela peut être coûteux à développer dans un premier temps, l'investissement peut se révéler rentables ne serait ce qu'en terme de coût de préproduction puisque cela épargne des frais et de construction de décors et costumes. En outre quand vous êtes aussi le patron de la boite d'effets spéciaux qui va développer ces technologies vous pouvez aussi relativiser le coût en vous disant que votre film sera une bonne pub pour votre boite.

Et là vous me direz "Donc tu défend sa logique". Et bien non car finalement Lucas s'est laissé tenter lui aussi par le côté obscur. Il a choisi le chemin le plus facile, le plus évident... Mais faire du bon cinéma ce n'est pas faire de la facilité et ce Georges Miller qui en a bavé sur le tournage de Fury Road vous en convaincra. Je ne dis pas que tout film se doit d'être engendré dans la douleur. Seulement il y a une nuance entre rêver d'un tournage aux conditions optimales et sacrifier la crédibilité artistique de son oeuvre juste pour que le film soit plus aisé à produire. Et c'est là où j'en reviens au tord que Georges Lucas ai été l'unique décideur sur cette prélogie. Aucune voix dissonante ne s'est faite entendre et personne n'a été là pour lui dire "Si Georges, ça vaut le coût de faire des reproductions de vaisseaux, de tourner en décors naturels, d'avoir des figurants et de vrais armures pour les soldats clones". Non il n'y a eu qu'un Lucas qui était échaudé par ses diverses expériences malheureuses de tournage et qui a voulu trouver des moyens pour optimiser les productions de ses films.

Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut lui jeter la pierre sur tout ce qu'il a entrepris dans ce but. Quand il s'est planté ce n'est pas une question d'incompétence. Au contraire dans sa volonté d'optimiser les productions, Lucas a été l'initiative de révolutions dans le domaine du cinéma. Ainsi il a créé les premiers logiciels de montage non linéaire qui ont énormément facilité le processus et je pense que tout les monteurs et réalisateurs du monde lui en sont gré. Tout comme il a participé à la démocratisation, dans le secteur, du tournage en numérique. Je sais que c'est la mode de dire que l'analogique c'est plus mieux, mais il faut aussi savoir que le numérique possède d'énormes avantages en terme de flexibilité, facilitant ainsi grandement les tournages. Rappelons aussi que la technologie numérique a une marge potentielle d'améliorations bien supérieure à la pellicule. En clair on aura peut être fait le tour des possibilités avec la pellicule, que l'on va découvrir de nouveaux moyens d'améliorer le rendu des appareils numériques et leur définition. Et autre innovation à mettre au crédit de Geroges : la prévisualisation qui a définitivement remplacé les storyboards. Donc voilà je ne peux pas non plus être de mauvaises foi et dire que TOUT ce qu'a fait Lucas pour se faciliter la vie, c'est MAL. Seulement là on touche à des choses qui ne nuisaient en aucun cas à la crédibilité artistique de l'oeuvre... Le tout CGI si. Car Lucas n'est qu'un homme et comme tout le monde il peut se planter et son plus grand tord a été là : il a pêché par arrogance en pensant que sa seule personne pouvait offrir les films qui seraient à la hauteur des attentes d'un public exigeant.

Maintenant j'entre dans une réflexion qui est davantage personnelle et je ne vous en voudrais pas de ne pas partager mon point de vue. A mon sens on ne peut faire un film se voulant à portée universelle et grand public en étant "tout seul". Un Nouvel Espoir n'est pas que l'oeuvre de Lucas. C'était aussi celle de Gary Kurtz qui encadrait le tournage pour que cela fonctionne, Alan Ladd qui se battait pour que l'on accorde les rallonges de budget nécessaires (et qui en a perdu son poste), John Williams qui a composé la bande son en allant à contre courant de la tendance des années 70 avec son style orchestral. Et que dire de L'Empire Contre Attaque qui a impliqué d'autres scénaristes et un autre réalisateur. Plus Lucas s'octroyait l'indépendance et s'assurait d'être seul maitre à bord, plus ses films prenaient un tournant discutables. Non pas parce qu'il manquait de talent, juste parce qu'il a décidé d'exclure d'autres talents qui auraient pu apporter davantage de crédibilité à son oeuvre. Pour le coup la prélogie ce sont des films d'auteurs on peut le dire. Mais ce faisant, Lucas s'est aussi coupé de son public même si par moment il a cherché à lui apporter ce qu'il pensait qu'il voulait...

Ici je prendrais en exemple la séquence de Podracer dans la Menace Fantôme.Georges y a mis son amour pour les courses et la vitesse mais s'est aussi dit que cela était une formidable proposition de cinéma en terme de spectacle... et vous savez quoi ? Je hais cette course. Elle n'est pas mauvaise, loin de là. Elle est juste trop longue et cette longueur n'est en aucun cas justifiée par son importance dans le film. Ce n'est qu'une péripétie qui va permettre aux personnages de pouvoir continuer leur progression. Sauf que rester 1/4 d'heure sur une péripétie, ce n'est pas pertinent et si il y a bien une scène qui me fait décrocher du film, c'est celle là. Car elle est inutile et contribue à renforcer une impression de stagnation de l'intrigue. Mais voilà, Lucas s'est dit que ça plairait de voir plein d'effets spéciaux... et personne n'a été là pour le contredire.

Conclusion

Vous aurez remarqué que mon titre est un poil putassier et que finalement je n'ai pas tant détruit que ça la prélogie. Déjà parce que comme je l'ai dis plus haut, cela ne m'intéressait pas de dire ce que tout le monde disait déjà et faire un bête état des lieux de tout ce que Georges Lucas a foiré. J'ai plutôt cherché ici à analyser comment de bonnes intentions initiales on fini par donner un résultat aussi déprécié et pourquoi on peut le déprécier ce résultat. Finalement la morale de tout cela, qui risque de faire redite je le conçois, c'est que c'est une bonne chose que Lucas passe la main. Non parce que l'homme est devenu mauvais. Juste parce que Star Wars a laissé un tels héritage dans la culture populaire qu'il est aujourd'hui plus intéressant de voir les interprétations des héritiers que celles du géniteur de la franchise. Surtout quand ce dernier s'est enfermé dans une bulle, alors qu'il avait tout intérêt à s'ouvrir aux autres.

Publié dans Dossiers Ciné

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ANONYME 13/06/2016 19:55

ENCORE DE L'anti-prélogie primaire, juste pour jouer les "vieux cons " !!!!!!!!!!!!!!!!!!! Quand vas t'on enfin avoir le droit légitime , et pour certains, le courage, d'admettre que les prequelles (surtout le II et encore plus le III ) sont des chef d'oeuvres purs et durs, des vrais StarWars du vrai George Lucas, parmi les films préférés de millions de gens depuis 16 ans maintenant, qui ont bercé des milliard d'enfances et adolescences , hyper-fidèles aux anciens épisodes autant que modernes, et sur certains points, bien supérieurs aux anciens d'il ya 40 ans (même s'il reste des classiques) . Quand esque la nostalgie en mode "vieux con réac" vas t'elle cesser ? Kan esk des pseudos-journaleux vont arrêter de se prétendre fans de Star Wars alors qu'ils méprisent George Lucas ? Surtout lorsk'on voit ce que Abrams et Mickey on fait à la saga, prouvant que : NON ! on ne fera jamais mieux que La Revanche des Sith !!! Il n' y as aucun blasphème à accepter que des "vieux" films ne sont pas parfaits et qu'on as fait mieux avec "le Temps" ; combien de " vieillistes anti-SF anti-US" ont gueulés en 1977 face à la "sous-culture " de la Guerre des Etoiles !!!!

mr-edward 23/08/2016 23:15

Encore une autre personne rongée par cette terrible maladie qu'est le "jenesaispaslire". C'est triste de voir des milliers de personnes touchées par cette maladie.

Vivien 16/06/2016 17:11

Tu as l'air d'avoir du mal à transformer l'hyperbole superfétatoire en figure rhétorique.

Aqquar 18/01/2016 20:57

Analyse très intéressante
Je suis pour ma part un fervent défenseur de la prélogie, essentiellement parce que l'histoire est fantastique, et c'est ce qui est essentiel pour moi. On est d'accord que la réalisation est pas terrible et qu'une utopique collaboration avec un real de la trempe de Abrams sur cette prélogie aurait été idéale.
En revanche, je suis toujours assez frustré par les arguments relatifs à la CGI. On part toujours du principe que c'est un mauvais choix de réalisation (à voir simplement comment tout le monde prône un "retour aux vieilles methodes" ). Je trouve qu'on ommet toujours de replacer les films dans leur contexte. Pour des films de cette époque (1999_2005) je trouve la CGI très bonne (elle a d'ailleurs initié de très nombreuses nouvelles techniques). Mais surtout, il ne faut pas oublier que à l'époque, tout le monde réclamait de la CGI, c'était la grande mode et la super classe d'avoir ça dans un film. Pourquoi reprocher "maintenant" ce qu'on pronait il y'a 15 ans de cela? C'est faire preuve de mauvaise fois que de l'oublier. En 1999 l'armée droide et les gungans c'est une énorme claque. Aujourd'hui on critique le tout numérique, le fait que les acteurs soient un peu perdus par manque de repère... Ok c'est vrai, mais le film est en plein tatonnement et expérimentation de nouvelles choses. Il faut cesser de juger la prélogie sans la contextualiser dans son époque.

Pour l'essentiel du reste de ta chronique, je trouve cela tout à fait pertinent, je suis le premier à reconnaitre que Lucas a un peu déraillé de temps en temps, en revanche, moi j'adore la course de Pod

Et je hais SW7

Aq

quotidien.com 17/12/2015 08:45

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