Creed est-il un film percutant ?

Publié le par Hunter Balboa

Un film de Ryan Coogler avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson.

L'histoire : Creed suit les traces du jeune Adonis Jackson, fils illégitime de Apollo Creed, le célèbre champion du monde de boxe décédé peu avant sa naissance. En quête de reconnaissance, Adonis va se rendre à Philadelphie afin de rencontrer celui qui a autrefois détrôné son père : Rocky Balboa

Ne pouvant me défaire de mon image gros bourrin qui tâche que l'on me connait, c'est assez logiquement que je devais traiter le dernier né d'une franchise malheureusement connue auprès du grand public pour de mauvaises raisons et lui donnant ainsi une image de "films pour beaufs qui aiment la bagarre". Je parle bien évidemment de la saga Rocky. Et je dois de prime abord vous faire un petit aveux : étant fan devant l'éternel de la licence portée par Sylvester Stallone, je me voyais déjà vous sortir un petit laïus vous expliquant en quoi ce personnage était si sacré pour moi. Car oui, si pour beaucoup il serait tentant de penser que ma saga préféré est Star Wars, ce serait se tromper sur mon compte : non ma saga préféré c'est bel et bien Rocky. Car à la différence de la licence initiée par Georges Lucas; j'aime revoir toutes les aventures de l'Etalon Italien. Même devant les "mauvais" je prend un plaisir non dissimulé et ce en grande partie grâce à l'attache que je porte au personnage de Rocky ou plutôt celui qui est devenu au fur et à mesure des années l'alter égo de son interprète. Toutefois je ne puis m'attarder d'avantage sur la saga car ce serait passer à côté de l'intérêt principal de ce Creed : le fait que c'est un film taillé avant tout autour du personnage de Adonis Creed.

Car revenons à la source du projet qui, à la base, est un spin-off devant se concentrer sur le destin du fils illégitime du célèbre ex-champion du Monde, Apollo Creed. Pour ceux ignorant qui était Apollo, il s'agissait du premier vrai rival de Rocky Balboa, celui qui lui donna sa chance et qui se fit destituer de son titre après un second combat épique et acharné. Il deviendra par la suite l'ami de Balboa avant d'être tué sur le ring par un boxeur russe sous stéroïde. Donc en soi c'est un personnage très important dans la franchise de par son rôle de quasi initiateur de celle-ci (car si Apollo n'avait pas donné sa chance à Rocky... et bien il n'y aurait jamais eu de film tout simplement). Ainsi voir un Creed qui finira entrainé par Rocky Balboa, revêt une valeur symbolique tenant au rapport quasi cyclique qui ne peut que faire frémir la fibre nostalgique du fan de la licence que je suis.

Car finalement toute l'intelligence de ce film tient dans sa compréhension du matériau de base et ainsi il est parvenu à saisir tout ce qui composait la substantifique moelle du film d'origine tout en faisant office de passage de relais entre deux générations. Ainsi Creed se pose en tant que film héritier d'une saga dont il se permet de tutoyer les meilleurs moments. Et cela m'offre l'opportunité d'un parallèle intéressant avec un autre film, 7ème volet d'une célèbre franchise, que j'ai traité précédemment. Vous aurez compris que je parle de Star Wars 7. Et on pourrait d'ailleurs décemment lui faire les mêmes reproches, à savoir une structure se calant trop sur le film d'origine en faisant un quasi remake... Mais bizarrement cette critique a été assez peu formulée, démontrant que le public est bien plus sévère vis à vis d'un film bénéficiant d'une grande hype que sur un projet plus modeste dont il attend peu. Car oui à la base, ce spin-off qui y croyait ? Pas grand monde.

Et c'est là où ce Creed remporte mon affection car en dépit des à priori que je portais au projet, il est parvenu à accomplir le même exploit que les héros dont il traite : passer outre l'image que l'on se faisait de lui pour dévoiler ce qu'il avait dans le ventre et gagner notre respect. Et si cet exploit est pour les personnages le fruit d'un entrainement d'une grande rigueur, on retrouve cette dernière dans la réalisation de Ryan Coogler, réalisateur jusqu'ici inconnu du grand public. Alors je ne reviendrais pas sur ce qui a été dit dans d'autres critiques, à savoir l'aspect presque documentaire des "scènes de vie", le punch des combats pour ne pas dire leur virtuosité. D'un point de vue formel c'est très maitrisé.. Mais ce que j'ai apprécié le plus ce sont toutes les touches référencielles assez subtiles disséminées dans le long métrage et ce jusque dans la mise en scène. Un exemple avec le premier combat que nous pouvons voir de Creed. Dans sa réalisation, son contexte, tout est fait pour nous rappeler le premier combat que l'on a pu voir dans la saga Rocky, celui où Balboa affronte un adversaire lambda dans une salle miteuse. Cet affrontement était filmé d'un point de vue spectateur, en restant toujours hors du ring, derrière les cordes. Et bien dans Creed il fait de même. Le plan séquence suit Adonis jusqu'au ring, mais la caméra ne s'aventure pas sur ce dernier et va filmer le combat à l'extérieur. Et ce genre de petits détails, c'est ce qui me fait accepter l'idée de quasi remake. Car quand on voit des références sur des éléments aussi anodins en apparence, cela démontre un réel respect ainsi qu'une connaissance approfondie de la part du réalisateur quant à son sujet.

"Tu sais, je vais être le héros du prochain Rocky.

- Oui et mon cul c'est du poulet ?"

Ceci est à mettre en relation avec la manière dont le récit est géré. Clairement Coogler reprend nombre d'éléments apparus tout au long de la saga initiale. D'ailleurs c'est ce que j'ai apprécié : il n'a pas cherché à renier les autres films moins prestigieux, voir même il les intègre à son propre récit. Rocky IV est peut être un film d'une connerie abyssale et jouissive, il n'en reste pas moins que l'un des évènements majeurs de cet épisode (la mort d'Apollo) est un des éléments fondateurs du scénario de Creed. On retrouve aussi les idées exploitées dans Rocky V que sont la transformation de Rocky en entraineur mais aussi le discours sur le mentor trouvant une raison de continuer grâce à son "apprenti". Mais le film ne se contente pas de reprendre bêtement ces éléments, trahissant ainsi un sérieux manque d'inspiration. Non il les intègre intelligemment au récit et surtout au développement des personnages. Dans Rocky IV lorsque Apollo Creed mourrait sur le ring, cela n'a été vu et ressenti que du point de vue de Rocky. On se contrefoutait de l'épouse de Apollo ainsi que de ses enfants... Et bien dans Creed, on a les conséquences de cette mort sur la famille (même si étrangement il n'est jamais fait mention des deux autres enfants "légitimes" de Apollo).

Et le développement des personnages, c'est bien de ça dont il s'agit à la base. La saga Rocky a basé ses lettres de noblesses sur cet élément avant de virer vers les simples films d'actions avec de la bagarre... Et Creed renoue avec cette philosophie, placant le développement des héros et leurs actions au centre d'un récit aux rebondissements classiques mais efficaces. Et il faut admettre que là dessus le film remporte une victoire par KO en grande partie grâce au jeu de ses interprètes. Il est dommage d'ailleurs que la plupart des critiques se soient focalisées sur le jeu de Stallone (qui est en effet excellent) mais oubliant pour le coup celui tout aussi impressionnante de Michael B. Jordan. Il porte quasiment tout le film sur ses épaules et fait preuve dans son interprétation d'une variété de registres assez plaisante à voir. Aussi, j'ai beaucoup apprécié le travail de Tessa Thompson et elle forme avec Jordan l'un des couples les plus crédibles que j'ai vu depuis un petit moment au cinéma. Et c'est d'ailleurs la force majeure du récit : les relations entre les protagonistes. Et bien sur celle qui frappe le plus c'est celle qui se noue entre Adonis et la légende Rocky Balboa. Il s'agit surement de l'une des meilleures relations entre un élève et son mentor, cette dernière se basant à la fois sur une affection réciproque que sur des "intérêts" communs. Il y a clairement une symbiose entre les deux. A ce titre l'ultime scène du film en témoigne parfaitement de par une symbolique très forte en plus d'être émouvante. Je crois qu'à ce moment là... oui j'ai manqué de chialer je l'avoue.

Alors arrivé vers la fin de ma critique, je me rend compte que j'ai assez peu de choses à dire sur Creed qui n'a pas déjà été dite auparavant. Si peut être un petit mot sur la bande son qui est excellente avec des musiques vous donnant la pêche pour aller faire votre jogging... D'ailleurs notons que celle-ci joue habilement sur la reprise de certains thèmes historiques de la saga composés par Bill Conti en les associant à d'autres inédits, propres au personnage de Creed. Classique mais toujours efficace comme procédé.

En conclusion :

Creed est une excellente surprise, portée par des interprètes de talent et une réalisation solide. Parfaite passation de flambeau entre une licence iconique du cinéma et un héritier qui semble bien parti pour tracer une voie prestigieuse; il s'agit d'un immanquable de cette année. Incontestablement.

Creed est-il un film percutant ?

Publié dans Sorties Ciné

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article