Gods of Egypt : oh... my... God !

Publié le 14 Avril 2016

Un film de Alex Proyas avec Nikolaj Coster-Waldau Lannister (Horus), Gégé Léonidas Buttler (Seth), Brenton Twaithes (Beck de lièvre), Élodie Yung (Hator les Opticiens), Courtney Eaton (galbe réjouissant servant de love interest et de demoiselle en détresse), Geoffrey Rush comme l'ont été les effets numériques (Raie, pardon Rey... euh non )...

L'Histoire : Dans cette relecture Hollywoodienne de la mythologie égyptienne, incluant une caractérisation basique des personnages et du manichéisme (soit tout ce que n'est pas la mythologie égyptienne) et malaxant le tout avec du Hamlet; Horus n'est pas content. En effet il est colère, colère après son tonton Seth qui non content de l'avoir énucléé a aussi tué son père. Ainsi Horus va se la jouer Inigo Montoya version sans moustache et avec un seul oeil. Pour se faire, il sera aidé par un mortel, le jeune Beck alias "j'aimerai tellement être le nouveau Logan Lerman" en quête du pouvoir de ramener son plan cul à la vie.

Je suis décidément un être plein de contradictions. Pestant après le bashing assez sévère qu'a subit Batman v Superman à sa sortie, par la presse américaine (car finalement la presse française et surtout les spectateurs se sont révélés assez justes pour le coup); je vais pourtant participer activement au bashing que rencontre le dernier né d'Alex Proyas : Gods of Egypt. Mais à cela je vais me permettre ma petite réflexion personnelle sur un effet pervers souvent associé au bashing : le contre-bashing. Souvent un film déconsidéré à sa sortie par les critiques et les spectateurs a le droit à une réévaluation plus positive faite par ceux qui ont tout de même apprécié l’œuvre. En soi rien de dérangeant. Là où ça commence à sentir le fenouil c'est lorsque cette réévaluation vient à oublier les défauts concrets du film. Et je ne parle pas de défendre ce que la plupart considère comme étant des défauts mais qui n'en seraient pas vraiment grâce à une argumentation recherchée (ce que j'essaie de faire quand j'écris un Parole à la Défense). Non là je parle d'un total déni de ces défauts, une incapacité non pas à en prendre conscience, mais à les voir. Et ainsi l'on fait d'un film méritant quelques critiques, un chef-d’œuvre. Quitte à enfoncer les portes ouvertes, je pense qu'un film doit être considéré dans son ensemble, autant au niveau de ses qualités que de ses problèmes. Après il y a bien sur une constante subjective à prendre en compte, chacun possédant sa propre balance dans laquelle les défauts et les qualités pèsent plus ou moins lourds.

On pourrait décemment penser qu'une fois devant le film, ce visuel kitch rend bien mieux... on pourrait le penser...

Toutefois, et là j'en reviens à Gods of Egypt,  il ne faut pas non plus tenter de faire passer une morue pour de la sole et ainsi, si il ne faut pas chercher à trouver des défauts là où il n'y en a pas, il ne faut pas non plus attribuer des qualités là où il n'y en a pas. Ainsi lorsque je peux lire concernant GOE qu'il s'agit d'un film qui ne doit être pris que comme étant un simple divertissement et que c'en est un bon, qui plus est visuellement sublime; là je me dis qu'il ne faut pas pousser mémé dans les orties. Ces quelques avis minoritaires, qui semblent avant tout motivés par le fait d'aller à contre courant de la masse considérant que le film est mauvais, ont pourtant suffit à me motiver pour me payer une place à 8€50 et ainsi pouvoir assister à un naufrage artistique. Car quand la masse dit d'un film que c'est de la merde, parfois ce n'est pas juste du bashing... Parfois, en de rares occasions, cela peut être du bon sens et c'est le cas avec Gods of Egypt. Car oui pour moi c'est un échec total y compris dans ce qu'il escompte nous donner à minima. Parce que quand je défends un Transformers 4 de Michael Bay, au moins je peux argumenter que le divertissement est efficacement tenu, que les scènes d'actions sont impressionnantes et que visuellement ça à de la gueule (pour parler vulgairement)... Mais là on ne peut même pas défendre le long métrage de Proyas sur des points aussi basiques. Mais plus qu'un problème de forme, GOE souffre d'un problème de fond que je vais développer maintenant.

Affrontez vos Yeux !

Affrontez vos Yeux !

Un bond dans le passé

C'est la première pensée qui a traversé mon esprit lorsque, de mes yeux ébahis, j'ai pu contempler un tels ratage. Enfin pas vraiment la première pensée... plutôt la seconde, la première étant "Dis donc Élodie Yung et Courtney Eaton... elles sont... vraiment... bonnes... actrices". Mais plus sérieusement, pour moi Gods of Egypt est une anomalie, un bug dans la Matrice, un film d'une autre époque. Parce que oui le bond dans le passé n'est pas en référence à l'univers présenté dans le long métrage d'Alex Proyas, celui-ci étant purement fantaisiste, bien qu'inspiré par l’Égypte ancienne, sans pour autant prétendre être crédible. Non pour moi le bond dans le passé tient dans le style de cinéma que représente ce Gods of Egypt, à savoir ces productions médiocres de la fin des années 90/début années 2000 dans lesquelles on considérait que les effets numériques devaient faire le spectacle mais où l'on stagnait dans une vision clichée des ressorts scénaristiques hollywoodiens. Vous en connaissez des productions dans ce style, par exemple Le Retour de la Momie de Stephen Sommers, Van Elsing de Stephen Sommers, Gi Joe, le Réveil du Cobra de Stephen Sommers (même si là on est dans la fin des années 2000).

Dans cette optique, à la manière où Seth est la némésis de Horus, Lex Luthor celle de Superman, Rocco Siffredi celle de Jean D'Ormesson; on pourrait considérer que sous bien des aspect ce Gods of Egypt est l'anti-Mad Max Fury Road (même si d'une manière plus générale on pourrait considérer qu'il est un anti-bon film tout court). En effet le morceau de péloche de Miller pouvait aussi être pris comme étant un retour en arrière dans le cinéma, reprenant des techniques anciennes et une structure classique. Toutefois, et c'est là toute la différence, celui ci avait pour mérite de piocher dans tout ce qu'il y avait de mieux dans le cinéma d'avant, tout en sachant être moderne là où c'était nécessaire de l'être afin de ne pas faire "film daté et dépassé dès sa sortie". En revanche Gods of Egypt accuse le coup d'un script semblant déjà dépassé dans ce qu'il nous présente et surtout dans sa manière de le présenter, et il tente de noyer le poisson dans une volonté de proposer une imagerie saturée d'effets spéciaux se voulant spectaculaires... En bref c'est une mentalité qui semble tout droit sortie des temps anciens, ceux que le Nostalgia Critic à renommé l'âge sombre du cinéma. Mais à la différence d'autres films invoquant aussi cet esprit, Gods of Egypt le fait avec une insouciance le rendant presque attachant, voir inconscient de ses actes; à la manière d'un enfant dessinant sur des murs fraichement tapissés par vos soins.

Ici Buttler pris sur le vif, en pleine introspection dans son rôle de méchant...

Mais justement parlons de l'aspect visuel de ce film. Pour peu que l'on soit curieux on peut se rendre compte que l'un des kiffs du réalisateur Alex Proyas c'est la création d'univers. Cela peut se vérifier dans Dark City, I Robot, The Crow mais aussi dans ce Gods of Egypt. Et ça tombe bien, moi j'aime ça voir des univers se créer au cinéma, c'est même mon péché mignon expliquant que je peux aller voir des Jupiter Ascending, Exodus et même Gods of Egypt, malgré des bandes annonces sentant le fenouil. Mais comme pour beaucoup de productions actuelles, ma critique sera la même concernant la mise en image de ce visuel : tout est dans l'apparat, rien dans l'immersion. Jamais l'univers proposé n'a de réel impact sur les personnages. Ainsi quand on voit un héros courir vers l'écran, fuyant un serpent géant et tentant d'éviter les chutes de débris que ce dernier provoque, on ne peut pas être immergé dans la scène. Déjà parce que les enjeux sont nazes et donc que l'on s'en fout mais surtout parce que, même pris indépendamment de toute considération pour le rendu final, ce que nous avons sous les yeux ne nous parait pas crédible, le personnage n'étant pas impacté par ce qu'il traverse. On voit juste un gars courir devant un fond vert... Cette impression étant renforcée par le rendu final plus que bancal de l'ensemble. On notera aussi des environnements bien trop propres, trahissant le manque de vie de ces derniers. Merde le concept du futur usé popularisé par le tout premier Star Wars sorti en 1977 peut aussi s'appliquer aux univers fantaisistes. Casez donc là dedans de la crasse, des murs avec de légères détériorations. Le tout n'est pas aidé par une photographie où tout est clinquant, les couleurs sont saturés, mais aucun grain d'image ne transparait, aucune particule non plus et je ne parle pas de l'éclairage hideux. En dans le registre du relevé des fautes de goûts, notons encore une fois l'erreur de l'emploi de la technique des têtes flottantes sur des corps en image de synthèses.... Non les gars, faut vraiment arrêter avec cette technique, ça ne marche pas, le rendu n'est pas bon. Ca n'a pas marché avec la Revanche des Sith, ça n'a pas marché avec Green Lantern...bon à la rigueur sur Man of Steel ça le fait encore, l'effet étant imperceptible, on a l'impression que les kryptoniens portent de vrais armures. Mais vu le risque de rendu bancal, vaut mieux arrêter vos conneries et prendre le temps de créer de vrais costumes qui puissent être portés par vos acteurs.

Vous voyez bien que ce film n'est pas raciste, il y a deux figurantes de couleur... autour du héros, enserrant la demoiselle au décolleté gabardineux de son étreinte protectrice car elle ne pourrait pas se protéger elle même... bah oui c'est une femme.

Subtile transition pour évoquer la casting. Vous ne l'ignorez sans doute pas, mais Gods of Egypt a été victime d'une polémique autour du Whitewashing, le film de Proyas ayant casté majoritairement des acteurs de type caucasiens pour interpréter le rôle de divinités Égyptiennes et d'Égyptiens tout court. Il se défend comme il peut en argumentant que c'est un film de fantasy avant d'être une reconstitution fidèle de l'époque. Soit, mais si vous voulez mon avis (et vous devez le vouloir puisque vous lisez cette critique) tout ça n'est que pure connerie. Pour moi le problème de Gods of Egypt n'est pas qu'il est raciste dans sa conception, mais que comme je l'ai écris plus haut, il est arriéré et cela s'en ressent dans ses choix de casting et les archétypes choisis. Ainsi l'on retrouve le héros censé être "identificatoire" pour le public, à savoir Beck, jeune homme courageux, beau, noble d'esprit et de type caucasien qui est interprété par Brenton Twaithes. On retrouve à côté l'autre héros badass et charismatique porté par Nikolaj Coster-Waldau (que j'ai personnellement découvert dans la Chute du Faucon Noir) connu du grand public pour son rôle de l'incestueux Jaime Lannister. D'ailleurs vu la mythologie Égyptienne et certains délires de cette dernière, je peux comprendre ce qui a pu l'attirer dans le rôle d'Horus car, pour votre information, dans la mythologie ce dernier se fait masturber par sa mère Isis, qui récolte sa semence afin de féconder Seth avec cette dernière... Seth étant l'oncle d'Horus... Voilà ça c'est l'anecdote sympa que vous pouvez placer dans un repas de famille, juste après la blague raciste lancée par votre paters familial. Dans le rôle du méchant on retrouve Léonidas Buttler qui a pour principale caractéristique d'être méchant. Sinon il y a bien un acteur noir pour interpréter un Dieu et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de celui de la sagesse... Pourtant il se cantonnera à une fonction de comic relief. Et quant au casting féminin, il n'est là que pour être l'atout charme, Élodie Yung arborant tout au long du métrage des tenues très déshabillées et Courtney Eaton présentant dans toutes ses scènes des décolletées plus qu'avantageux... Et de plus elles n'ont des fonctions que de love interest pour les héros. Quand je vous dis que ce film semble provenir d'un autre temps. Ah si sinon il y a Geoffrey Rush, jouant certaines séquences comme si le forlax qu'il a pris le matin commençait enfin à faire son effet... Mais bon pour en revenir sur la polémique du Whitewashing, il aurait quand même été plus pertinent de confier les rôles des mortels à des acteurs faisant plus locaux (l'action se déroulant dans l’Égypte ancienne, fantaisiste certes mais Égypte quand même)... cela aurait au moins permis d'être un minimum crédible, voir d'éviter une polémique qui était prévisible puisqu'il y avait eu des précédents (avec Exodus par exemple). Sinon pour juger le jeu des acteurs, je peux globaliser le tout dans une onomatopée qui exprimera parfaitement mon sentiment face à cet aspect du film : "Guuuuuuh"... C'est ni mauvais, ni bon... tout le monde est là pour cachetonner. De tout façon les personnages ne sont pas intéressants donc on va dire que les acteurs font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont.

En conclusion

Gods of Egypt appartient à ce type de blockbuster dont peu d'entre nous sont nostalgiques... Des films qui n'étaient pas intéressants dans ce qu'ils racontaient, pas vraiment prenant non plus, qui tentaient d'être spectaculaires mais se vautraient aussi sur cet aspect. C'est médiocre, oubliable, mais le plus décevant c'est que ce n'est même pas assez mauvais pour être drôle... Pour moi, un des plus mauvais films de cette année, difficielement surpassable dans cette catégorie. Mais c'est toujours plus recommandable que Cinquantes nuances de Grey...

Mais non, elle n'est pas juste là pour faire des poses lascives et être en danger... qu'est ce que vous vous imaginez là ?

Bon si elles sont juste là pour qu'au moins, de temps à autre, vos yeux puissent voir quelque chose d'agréable durant ce film...

 

PS : Pour ceux se posant la question "Qu'est ce qu'il peut bien foutre avec sa critique de The Revenant et de Deadpool, plutôt que perdre son temps avec des trucs pareils ?" la réponse est : "j'ai pas grand chose à en dire qui n'ai déjà été dit ailleurs". A savoir The Revenant c'est long mais c'est beau et c'est bien... mais c'est long. Et Deadpool, c'est drôle mais c'est tout.

Rédigé par Hunter Arrow, Dieu de la Gabardine

Publié dans #Sorties Ciné

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