Micro-critiques en vrac, Partie I

Publié le 22 Juillet 2016

Micro-critiques en vrac, Partie IMicro-critiques en vrac, Partie I
Micro-critiques en vrac, Partie IMicro-critiques en vrac, Partie I

Comme le titre le confirme, ici il est question de micro-critiques de divers films sortis durant cette année 2016 mais que nous n'avons pas traité. Le fait que ces films soient critiqués dans le cadre de "micro-critiques" n'en fait pas des oeuvres que je considère comme étant mineures. Bien au contraire, parmis celles-ci, 3 se placent aisément dans mon top 5 de l'année (pour l'instant). Certains films sont en micro-critiques parce que je n'ai envie de trop les analyser, d'autres parce qu'il n'y aurait rien de plus à ajouter qui n'aurait déjà été dit et intégré par beaucoup ou encore, dans le pire des cas, parce qu'en effet il n'y avait pas assez de matières pour faire une longue critique. Sachez qu'en tout 7 films seront traités, mais afin de ne pas faire des articles trop long, je couperais en deux parties.

 

Le Garçon et la Bête (Bakemono No Ko)

Sortie le 13 Janvier 2016 en France. Un film de Mamoru Hosoda.

L'Histoire : Ren est un jeune garçon de 9ans avec l'archétype de la vie de merde : un père manquant à l'appel, une maman qui vient de trépasser et des inconnus qui veulent l'adopter. Il n'en faut pas plus pour le minot pour tenter la fugue. Dans son errance il croisera la route de Kumatetsu, un homme-ours aux manières rustres et qui est à la recherche d'un disciple. La suite on s'y attends, l'homme ours bouffera le gamin et fin de l'histoire... Ah non en fait Ren va devenir le padawan de Kumatetsu et s'initiera ainsi un apprentissage qui bouleversera profondément ces deux êtres solitaires.

Verdict : Bien que non féru de Japanimation (même si je suis loin d'être réfractaire au genre), Le Garçon et la Bête se place pourtant parmi mes gros coups de cœur de l'année 2016. Vous vous demanderez alors, pourquoi n'en rédiger qu'une micro-critique et ne pas essayer de lui consacrer plus de temps ? Tout simplement parce que la qualité du film est telle qu'il est parvenu à me faire oublier son statut d'objet formel que je devais appréhender avec une approche analytique quant à ses intentions; pour tout simplement me laisser entrer dans son univers et son histoire. Évidemment nous sommes loin d'être devant un film inintéressant à interpréter, tant justement il parvient à allier intelligemment son propos avec une dimension plus symbolique et référencée. Toutefois, sa plus grande réussite tient justement dans la symbiose de tout les éléments constitutifs de son récit afin de nous offrir une quête initiatique émouvante sans être tire-larme. Les personnages sont attachants, l'humour fonctionne très bien, l'animation est de qualité (même si la 3D employée peut déplaire à ceux attachés au full 2D), les musiques sont superbes, l'univers est riche et peut laisser place à tout un tas d'histoires passionnantes. Non vraiment rien qu'à un strict niveau "technique" ce film mérite le coup d'oeil. Mais là où il se distingue encore plus c'est dans ses messages et en particulier celui de la transmission entre un professeur et un élève, voir un père (de substitution) et un fils. Dans ma critique de Creed j'affirmais que les liens entre Rocky et Adonis était surement une des meilleurs relations entre un mentor et son apprenti... bah ça l'était jusqu'à ce que je vois ce Garçon et la Bête. Le film joue aussi habilement sur tout les doutes pouvant survenir lorsque le garçon doit s'émanciper pour devenir l'homme et ce avec une finesse de traitement assez remarquable. En conclusion, vous devez voir le dernier né de Mamoru Hosoda, peut être pas son meilleur (les Enfants Loups est encore mieux), mais tout de même une oeuvre assez majeure sortie cette année.

 

Steve Jobs

Sortie le 03 Février 2016 en France. Un film de Danny Boyle avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels.

L'Histoire : Steve Jobs tente, au travers de 3 moments clés dans la carrière de Jobs, de brosser le portrait complexe de ce "génie" et ses relations avec son entourage.

Verdict : Réalisé par le réalisateur oscarisé Danny Boyle, scénarisé par l'oscarisé Aaron Sorkin, avec dans le rôle titre le populaire et nommé aux oscars Michael Fassbender... pourtant le film a fait un bide. Malgré de multiples nominations aux Oscars, un concept intéressant changeant des biopics académiques, une réalisation de qualité, des dialogues orgasmiques pour qui aime les joutes verbales... le film a bidé. Surement la faute à une distribution chaotique et aussi à un rejet du public pour la personnalité de Steve Jobs et ne voyant dans cette œuvre qu'un produit fait pour nous survendre le génie supposé de ce gars. Et il faut dire qu'il n'a pas été aidé par le fait qu'avant il y avait déjà eu un film médiocre réalisé sur ce personnage. C'est là que je pousse mon coupe de gueule au public. En effet, si il y a une chose que nous a enseigné la sortie en 2010 de The Social Network (auquel Steve Jobs est régulièrement et injustement comparé) c'est que pour peu que vous sachiez habilement le traiter, n'importe quel sujet peut faire un bon sujet de cinéma. Et malgré l'aversion que l'on peut porter à la figure de Jobs il est, de par son parcours, sa personnalité, sa manière d'influencer la société de consommation actuelle, un bon sujet de cinéma.

Cette photo à elle seule démontre la pertinence de faire un film sur la vie de Jobs en le construisant tels une pièce de théatre... où l'on y verrait les coulisses d'une autre pièce de théatre.

Pour en revenir au film à proprement parler, bien que le considère comme étant très bon, voir excellent, il contient toutefois des défauts qui peuvent faire tiquer. En premier lieu sa structure en 3 actes. En effet cette dernière entraine dans le récit des ellipses pouvant parfois rendre le film ardu à suivre et ce malgré des transitions nous posant le contexte entre chaque acte. Aussi, la structure pose un autre problème : il faut bien expliquer les évolutions entre les relations des différents protagonistes et ce dans une cadre finalement assez étriqué. En gros Boyle et Sorkin tentent parfois de mettre trop gros dans trop étroit et cela s'en ressent fortement (cette phrase ne doit jamais être sortie de son contexte). Mais finalement ces défauts n'en font que mieux ressortir la qualité de l'ensemble. En effet tout ce que je viens de citer comme potentiels problèmes suffirait à faire du film une purge si il était entre les mains de quelqu'un incompétent pour traiter son sujet. Or Boyle, Sorkin et Fassbender ressortent de tout cela comme étant des maillons forts. En effet la réalisation de Danny Boyle permet de dynamiser habilement ce qui risquerait de trop ressembler à du théâtre filmé et ainsi d'offrir une certaine respiration au récit. Quant au script de Sorkin, les dialogues sont maitrisés à la ponctuation prêt, parvenant à allier parfois dans une même scène, humour, développement de personnages et dramaturgie. Et maintenant sur le chapitre de l'interprétation, Fassbender est clairement excellent rendant son personnage tour à tour détestable, tyranique, mégalo mais aussi complexe et faisant ressortir les émotions humaines de celui-ci. Et il faut aussi mentionner le casting secondaire impeccable (Winslet y est géniale et Rogen surprenant et attachant) ainsi que la BO excellente. En clair Steve Jobs c'est un des très bons films de cette année qui mérite clairement que vous passiez outre votre détestation pour l'homme qui y serait présenté afin de vous concentrer davantage sur "l'objet de cinéma" qui est quant à lui une réussite malgré quelques défauts.

 

Zootopie (Zootopia)

Sortie le 17 Février 2016. Un film de Jared Bush, Byron Howard et Rich Moore.

L'Histoire : Judy est une lapine évoluant dans un monde où les animaux sont intelligents et ont formés une société où toutes les espèces cohabitent. Judy a un rêve, celui d'entrer dans la police, un milieu où il est difficile pour une lapine d'évoluer. Bien décidée à faire ses preuves elle prendra en charge une affaire de disparition, aidée pour cela par le renard Nick.

Verdict : C'était vachement bien. Vous avez vu la blague, c'est un film avec des animaux et je donne comme superlatif un mot ayant pour racine "vache" qui est un animal... lol ! Xptdr, si toi aussi tu as aimé partage sur Facebook, like, poke...

Plus sérieusement, si Zootopie est un film que j'ai autant apprécié c'est, qu'en plus d'avoir une histoire assez bien menée et une animation de qualité ainsi que des gags vraiment drôles, il possède un sous-texte passionnant et assez contemporain. Outre le premier message que même le plus demeuré des enfants pourrait saisir, à savoir "le racisme c'est mal", ce qui y est intéressant c'est la société qu'il décrit qui est à la fois idéale mais aussi très flippante. En effet, la ville de Zootopie est basée dans son architecture et ses fonctionnalités sur le principe de l'adaptation aux spécificités de chaque habitant afin que personne ne soit lésé pour y évoluer de manière fonctionnelle. A côté de ça, plutôt que d'aller dans l'assimilation, on vise plutôt à user des atouts de chaque espèce afin de lui donner sa juste place dans la société afin que chaque individu puisse s'y épanouir... Mais là on rentre dans le cadre flippant car ainsi on est proche de la vision de la société telle que décrite chez Huxley dans le Meilleur des Mondes où chaque individu est catégorisé dès sa naissance dans un groupe prédéfini afin d'accomplir des tâches spécifiques. Ainsi le libre arbitre n'est pas seulement réfréné, il devient carrément vain puisque pourquoi chercher à aller faire ce pourquoi nous ne sommes pas faits ? Et Zootopie avec son ton plus léger, plus enfantin, parvient toutefois à insérer en sous texte ce constat assez effrayant et, de par le parcours de Judy et de Nick, cherche aussi à montrer une alternative. Merde, du Huxley chez Disney ! En revanche on regrettera que la cohérence de l'ensemble soit mise à mal par une volonté de faire des gags même si ces derniers sont réussis. Pour exemple je citerai l'administration tenue par des Paresseux, espèce inefficiente à ce poste, qu'aucune société un tant soi peu lucide aurait intégrée là. Ok c'est lol parce que cela nous rappelle nos administrations mais bon... on est dans Zootopie, un film où il y a "topie" en référence au mot "utopie" soit une société balayant ses dysfonctionnements évidents. Autre point intéressant dans le film : sa volonté de démontrer que si en surface les choses peuvent aller "bien", il faut parfois peu pour qu'un groupe puisse se retrouver aisément discriminé au premier problème. Ca c'est louable, qu'un film produit par Disney, soit disant l'une des sociétés les plus maléfiques du monde à en croire certains, puisse se permettre d'insérer en filigrane de tels messages qui, bien qu’enfonçant les portes ouvertes, demeurent assez sains et finalement pas si évidents quand on voit nos sociétés actuelles. Donc en définitive, on tient là aussi un excellent divertissement pour les enfants mais aussi pour les adultes.

 

The Revenant

Sortie le 24 Février 2016 en France. Un film de Alejandro Gonzalez Inarritu avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson et Will Poulter.

L'Histoire : DiCaprio se prend pour Bears Grylls dans ce film retraçant l'épopée de Hugh Glass. Ce dernier, trappeur dans une Amérique sauvage, sera grièvement blessé par l'attaque d'un ours et lâchement abandonné et laissé pour mort par John Fitzgerald. Ne tenant plus que pour accomplir sa vengeance, Glass traversera les contrées inhabitées et hostiles, fera face à maints dangers et vivra une quêtre initiatique.

Verdit : Après avoir été sanctifié par l'Académie des Oscars pour sa réalisation absolument sompteuse et l'interprétation impliquée et remarquable de Dicaprio, que puis-je dire de plus sur le dernier né d'Inarritu qui n'a pas déjà été dit ? Et bien pour être honnête pas grand chose si ce n'est qu'apès l'avoir apprécié au premier visionnage, je l'ai encore plus aimé au second, sa longueur devenant pour le coup bien moins handicapante que la première fois. Tout comme avec le Garçon et la Bête, mon plaisir dans The Revenant ne réside absolument pas dans une démarche analytique bien que là aussi il y aurait des choses à dire. En effet le film aborde le thème de la résilience, le rapport à la Foi que l'Homme peut entretenir une fois dépossédé de tout... mais pour tout vous dire ce n'est absolument pas sous cet angle que j'ai apprécié ce long métrage.

En effet sa réussite auprès de moi réside dans des éléments bien plus tribaux. En premier lieu j'ai aimé cette réalisation parvenant à atteindre le juste dosage entre une sophistication évidente et la contemplation tout en parvenant à rester assez immersive et viscérale afin que le spectateur puisse comprendre chaque sensation ou émotion ressenti par les personnages et en particulier Glass. Par moment le film vire dans un symbolisme total sans pour autant que cela ne vienne alourdir le récit ou nous en sortir. Et là où l'on pourrait déplorer la longueur et la lenteur du film, on se rend compte après coup que ces deux "défauts" ne sont là que pour mieux renforcer l'ambiance de ce trip initiatique. Le film peut parfois trainer mais jamais ne stagne, à la manière de son héros. Donc voilà, pour sa mise en scène, sa photographie somptueuse, ses acteurs de talent, sa musique composée par Ryuichi Sakamoto; et tout ce que j'ai pu dire avant, j'ai adoré The Revenant qui est surement mon film préféré de l'année (pour l'instant).

Maintenant j'aimerais revenir sur un "débat" : l'accusation de plagiat faite à Inarritu suite à une vidéo parue sur Youtube dans laquelle des parallèles étaient faits quant à la ressemblance entre plusieurs plans de the Revenant et d'autres provenant de la filmographie de Tarkovsky. Il n'est pas surprenant que dans notre monde cynique nous voyons toutes tentatives de reprises comme étant elles mêmes cyniques... Sauf que il faut aussi savoir regarder plus loin que le bout de son nez et comprendre que lorsque Inarritu fait référence à Tarkovsky, et bien il fait juste une référence à un réalisateur influent et cela n'est pas nécessairement cynique. Qui plus est, quelle piètre opinion de Tarkovsky certains ont si ils pensent que l'on peut plagier son oeuvre en seulement quelques plans dont l'assemblage dure 2 minutes. La filmogaphie de Tarkovsky se résume en 2 minutes ? On peut le plagier, ses plans et le sens qui va avec en seulement 2 minutes ? Visiblement faire une compilation avec Movie Maker de plans "similaires" suffit à crier au plagiat et ce sans aucune analyse concrète des films en question et des sens donnés aux images...

Bon là me rend compte que ma micro-critique de The Revenant aurait carrément pu donner une critique complète, donc je vais m'arrêter là et seulement vous conseiller de vous procurer le Blu Ray du film.

C'est la fin de cette première partie concernant les rattrapages de l'année. Et si d'avance vous vous dites "Mince, Hunter a été tout gentil avec ces films, c'est chiant quand il fait dans le gentil", rassurez vous, la seconde partie contient des films avec lesquels je vais être beaucoup moins sympa.

Rédigé par Hunter Arrow

Publié dans #Micro-Critiques, #Dans le Magnéto

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