Premier Contact, la critique

Publié le 7 Décembre 2016

 

Vous allez rire... Pour mon retour sur le blog après des mois de silence radio, j'avais prévu de faire les choses en grand. Outre un clip réalisé par Xavier Dolan où l'on me voyait courir sur les Champs-Elysées déguisé en marmotte, j'avais contacté secrètement Mr Edward pour qu'il prépare un opéra en trois actes (et alexandrins) dont le sujet principal était mon génie étincelant. Des feux d'artifice étaient prévus en fin de soirée. Oui, on voulait vous en mettre plein la vue... Mais avec une connexion Internet misérable, impossible de charger et mettre en ligne le film de Xavier Dolan (un court métrage de 224 minutes), qui devait être le coup d'envoi de notre soirée de folie. Aussi vous contenterez-vous d'un "Bonjour".

 

Je ne reviens pas les mains vides, cependant. Il y a peu, j'ai visité les Etats-Unis pour la première fois de ma vie. Rendant visite à un ami cinéphile, nous avons bien sûr écumé les salles obscures. C'est ainsi que j'ai découvert "The Arrival", rebaptisé "Premier Contact" pour les spectateurs de l'hexagone. Un cinéma aux States, c'est la même chose qu'ici. A part qu'un serveur passe au début de la séance pour proposer une boisson. Le menu indiquait, entre autres, Stella Artois. Un nom familier, alors que j'étais loin de ma terre natale : comment refuser ? D'autant que ce n'était pas mon Premier Contact de la soirée avec une bière... Mais je m'égare. 

 

J'avais placé des espoirs sur Premier Contact, d'abord parce que les premiers retours étaient très élogieux. Mais surtout parce que cette année 2016 nous a donné la preuve, s'il en fallait une, que le pays du recyclage, ça n'est pas l'Autriche, mais bien nos amis d'Hollywood. De la guéguerre entre DC Comics et Marvel, en passant par les films dérivés de Star Wars, le cinquième Bourne et le onzième X-Men, on peut dire que c'est pas l'originalité qui les étouffe, en Californie. Au milieu de ces redites, Premier Contact était la promesse d'un univers nouveau et d'une SF centrée sur l'intime, comme Midnight Special, quelques mois plus tôt. Pour couronner le tout, le film est signé Denis Villeneuve, qui après Prisoners et Sicario, s'est imposé comme une valeur sûre. 

 

J'étais donc convaincu que le premier contact promis par le titre ("Zi euraïveul" en VO) allait être passionnant et émouvant. Au final, malgré ses qualités, le film a été une légère déception pour ma part. Villeneuve tient un sujet magnifique, mais ne pousse pas son idée jusqu'au bout. Le sujet, c'est ce doute sur les intentions des visiteurs. Dans les films hollywoodiens, la période d'incertitude est souvent balayée en quelques minutes (dans Independance Day, on découvre vite que les bébètes n'ont PAS d'intentions amicales envers nous). La belle idée de Premier Contact est de faire tout un film autour de ce doute. Alors que le Dr. Louise Banks tente d'interpréter le langage des aliens, le monde retient son souffle. Villeneuve arrive à filmer la force de sidération de l'événement. C'est une date comparable à celle de la découverte des Amériques. On découvre soudain un monde insoupçonné. On remet en question toutes nos croyances. Et on se pose une foule de questions sur l'identité des visiteurs. Ce mystère, dans lequel s'engouffre tout le film, lui confère une force indéniable. Un récit est bon s'il laisse de la place à l'imaginaire du spectateur. La ligne d'incertitude sur laquelle se tient le film de Villeneuve nous permet d'élaborer nos propres théories. 

 

 

La mise en scène de Villeneuve, plus apaisée que dans Sicario, accompagne les allées et venues des scientifiques, du mystérieux OVNI au commandement de l'armée. On découvre ainsi les formes du vaisseau en même temps qu'eux, on progresse à leur rythme. Il faut saluer cette mise en scène qui, plutôt que de reposer sur des effets spéciaux, privilégie les plans subjectifs (c'est par le ​​​​​​regard de Louise que l'on découvre les aliens) et les moments de calme. 

 

Malgré ces qualités, le film se cherche beaucoup, et Villeneuve sombre à plusieurs reprises dans des poncifs assez décevants, au vu de l'atmosphère générale du film. On a régulièrement droit à des flash-back sur la fille de Louise, sautillant dans l'herbe, puis, quelques instants plus tard, terrassée par le cancer dans un lit d'hôpital (ce n'est pas un spoil, c'est au tout début). D'une part, ces flash-back sont un peu lassants, parce qu'ils donnent un sentiment de déjà-vu. Mais, surtout, cela obéit à un grand cliché du cinéma américain, qui semble penser que pour communiquer avec les extraterrestres, il faut avoir perdu un être cher. C'est peut-être une compétence requise pour rentrer à la NASA, allez savoir. Bon, à la fin, il y a un twist qui remet tout ça en cause. Mais ce twist, justement, casse un peu la simplicité du film. Dénouement alambiqué à la Nolan, sortant un peu de nulle part, ce rebondissement aurait mérité d'être approfondi, ou abandonné ! 

 

On s'étonne aussi du manque d'incarnation des personnages secondaires. Si Louise Banks est une héroïne profonde, complexe, très bien campée par Amy Adams, le personnage de Jeremy Renner est un peu falot. Quant au Colonel Weber, interprété par Forest Whitaker, il est inexistant. Quand on sait de quoi Whitaker est capable, on a le sentiment qu'il est sous-exploité. Notons aussi un militaire borné, dont le personnage est dessiné à la truelle. Enfin, comme par hasard, les premiers pays à avoir des envies belliqueuses envers les visiteurs, c'est bien entendu... La Chine ! Et ensuite ? La Russie ! Oui... Certes... Ils sont si bêtes, ces Russes... Je ne dis pas que ce scénario n'est pas vraisemblable. Mais, tout de même, un pays qui vient d'élire Donald Trump n'a pas vraiment de leçon à donner aux autres sur la façon d'accueillir les étrangers. 

 

Pour conclure, je dirais qu'il y a deux films dans Premier Contact. D'un côté, un film impersonnel qui repose sur de très très grosses ficelles et des personnages secondaires caricaturaux. De l'autre, une oeuvre intimiste, à la mise en scène précise, qui fait un émouvant portrait de femme. J'ai le sentiment que Villeneuve a un véritable univers, mais qu'il a encore besoin de s'affranchir des codes pour réaliser son chef d'oeuvre. 

Rédigé par Yoyo114

Publié dans #Sorties Ciné

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Vivien 07/12/2016 19:17

Par rapport au twist, je trouve que c'est justement ce qui a fait passer le film de bon à très bon, en faisant passer les quelques éléments de déjà vu et de convenu et cliché du film vers une dynamique narrative que j'ai trouvé très novatrice pour le coup. Donc pour moi, c'est vraiment ce qui fait le film.

Aussi, content de te retrouver présent dans les lettres ici yoyo, quant à moi j'aurai une présence sonore dans une vidéo que j'ai écrit sur le film qui fera plus ou moins 15 minutes et que je ferai dans les 2-3 jours qui viennent.

Par conséquent maintenant je sais pas trop si je dois en publier un article séparé pour le coup (d'autant plus que j'ai un avis plus positif que le tien et plutôt différent en général)...

Vivien 07/12/2016 21:16

Quand tu y repenses il y a pas mal d'éléments qui l'annoncent le twist, et c'est en gros l'outil du troisième acte donc je pense qu'on peut se satisfaire de cette exploitation qui est raccord avec un reste du film qui n'en fait jamais "trop" avec ses divers procédés et effets. Au final je pense que ça laisse place à la réflexion personnelle du spectateur dessus.

Bon du coup je débute le montage (et oui le film sort aujourd'hui en France mais j'ai pu le voir en avant-première lundi, je suis quand même pas une machine) et je pense que ça sortira en nouvel article.

yoyo114 07/12/2016 20:25

Merci pour ton commentaire, Vivien. Pour te répondre, je pense que le twist est assez novateur, et il aurait pu me plaire s'il avait été mieux amené. Là, j'ai eu la sensation qu'on était en milieu de film, que c'était un gros rebondissement (un peu comme dans Interstellar) sauf que non, c'était déjà la fin. Donc, j'ai été un peu frustré que tout soit amené aussi vite, à mon sens ça méritait un petit quart d'heure de plus.

Moi, je suis ok pour que tu fasses un article différent vu que c'est une vidéo. Sinon, tu peux l'intégrer en fin de mon article et je peux faire une phrase de transition :)