Le Passé: futur chef d'oeuvre ou film imparfait ?

Publié le 17 Mai 2013

 

 

Un film de Asghar Farhadi

Durée : 2h10

Interprètes : Ali Mossaffa, Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Pauline Burlet, Sabrina Ouazani, Elyes Aguis...

 

Synopsis :  C'est l'histoire de Marie, une mère de famille au passé composé : elle a aimé quatre hommes différents, mais n'a jamais réussi à entamer une relation vraiment stable. C'est l'histoire d'Ahmad, qui a aimé Marie dans un passé antérieur, et qui doit être présent pour officialiser le divorce. L'histoire de Lucie, qui pour une raison inconnue, ne supporte pas Samir, le nouveau copain de sa mère. C'est l'histoire d'une famille recomposée, qui rêve d'un futur plus que parfait, mais qui doit à présent faire face impérativement aux blessures du passé.

 

 

Ca donne quoi ?

Oui, je le confesse, je l'avoue : avant la rédaction de cette critique, je me suis amusé à faire des jeux de mots indigents autour du titre, lequel fait penser à une notion de conjugaison française. Pour l'instant, tout lecteur à peu près normal doit se dire : "ce blogueur est un homme pathétiquement pas drôle doublé d'un prétentieux de première". Je vous accorde le fait que mon humour est assez limité. En revanche, ma démarche n'est pas prétentieuse. Si j'ai voulu aborder ce film sous l'angle de l'humour, c'est parce que Le Passé est tout sauf drôle. C'est même très déprimant, parce que malgré quelques tentatives de réconciliations, les personnages passent le film entier à se blesser mutuellement, par des petites phrases assassines. Le pire, c'est que le plus souvent, ils ne se rendent même pas compte de leur méchanceté.

 

On peut citer la phrase culte de Jean Renoir : "Sur cette terre, il y a quelque chose d'effroyable. C'est que tout le monde a ses raisons". Cette idée est un peu le leitmotiv du cinéma d'Asghar Farhadi. Dans ses deux précédents films (A propos d'Elly et une Séparation), il présente des personnages qui ne se comprennent pas, mais qui sont tous animés de raisons honorables. Le talent du cinéaste iranien est de mettre tous les personnages sur un pied d'égalité, sans en caricaturer aucun.

 

Avec Le Passé, il quitte l'Iran pour la banlieue parisienne. Enfin débarrassé des mécanismes de censure Iraniens, on pouvait espérer qu'il livre son film le plus abouti. Malheureusement, c'est l'inverse qui se produit. Même si Le Passé est encore un bel ouvrage, on a le sentiment que Farhadi reprend ses vieilles recettes. Il tente de créer un scénario à tiroir, mais se retrouve avec une histoire bancale, qu'il essaye de sauver en allant plus loin que d'habitude dans les histoires glauques. La deuxième heure multiplie les coups de théâtre bien sordides, lentement révélés par Lucie. Jusqu'à en devenir invraisemblable. Dans Une séparation, Farhadi partait d'un pitch simple (une aide-soignante perd son bébé et accuse son employeur de l'avoir brutalisée) pour aboutir à un puzzle complexe : personne ne dit toute la vérité, et chaque petit mensonge entraîne les héros dans une spirale poignante. C'est l'inverse qui se produit dans Le Passé : le secret de départ est complexe, mais les conséquences sont assez banales. En inversant son schéma de narration, Farhadi perd toute l'originalité de ses deux précédents films.

 

Ne soyons pas malhonnêtes, le film reste captivant, et la deuxième heure se suit comme une intrigue policière. Le secret du film, une fois révélé, relance tous les enjeux. On comprend que les personnages foncent droit dans le vide, et que chacun précipite l'autre dans sa chute. Farhadi filme des personnages très touchants, mais qui ne sont plus faits pour vivre ensemble. Le scénario a le mérite de dessiner avec beaucoup de précision la descente aux enfers des protagonistes. En ce sens, Farhadi n'a pas perdu la main.

 

 

C'est l'occasion de féliciter les interprètes, tous excellents. Je reste surpris par le prix d'interprétation accordé à Bérénice Béjo, qui me semble un peu exagéré. Les jeunes interprètes sont très touchants, notamment celui qui joue le fils perturbé de Samir. Evoquons aussi les autres qualités du film : la très belle photographie et le montage fluide. Même si Le Passé m'a paru assez anecdotique, certaines scènes sont mémorables, à l'image de ce plan-séquence final, d'une beauté calme et lumineuse, où Tahar Rahim révèle son incroyable talent de comédien. C'est d'ailleurs dans cette scène finale que le film retrouve toute sa cohérence. On comprend que les personnages sont tous d'une grande humanité, mais qu'ils ne sont pas prêts à oublier le passé. C'est pour cela qu'aucun d'entre eux ne pourra vivre en paix, à l'exception (peut-être) d'Ahmad, le personnage central du film.

 

 

Que retenir ?

Le Passé est loin d'être un mauvais film, mais je suis déçu que Farhadi accumule les coups de théâtre un peu glauques pour donner une plus-value à son film. Dans A propos d'Elly, et dans Une Séparation, le film tenait uniquement grâce à l'ambiance de mystère et aux interactions entre les personnages. Dans ce nouveau long-métrage, il perd en étrangeté ce qu'il gagne en noirceur. Malgré tout, Le Passé confirme l'originalité et le talent de son auteur. On ne voit pas les 2h10 passer. Enfin, notons que pour un étranger, le réalisateur a sacrément bien réussi son immersion dans la société française. Un peu trop, même. Il a fait un film typiquement français : beaucoup de chagrin et trop peu d'espoir.

 

Note : 3/5

Le Passé: futur chef d'oeuvre ou film imparfait ?

Rédigé par yoyo114

Publié dans #Sorties Ciné, #Dans le Magnéto

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Commenter cet article

Hunter Arrow 11/06/2013 22:06

J'attends le bon moment tels la guêpe dans le pot de miel...

Hunter Arrow 09/06/2013 14:54

Puis en jeux de mots il y avait matière. Le Passé : Simple à Critiquer ? Le passé : Un film plus que parfait ?

mr-edward 11/06/2013 23:39

La caution culturelle ?! C'est une blague ?! Déjà qu'il y a fricotage entre lelya et yoyo, maintenant hunter avoue implicitement que yoyo c'est son pote, mais où va le monde je vous méprise tous

yoyo114 10/06/2013 10:12

Merci pour la première partie de ton commentaire.
Pour la deuxième partie, je te le confirme, je suis une raclure mais beaucoup moins que toi. D'ailleurs, à quand ton article censé démolir mon article ?

Hunter Arrow 09/06/2013 14:45

Encore une fois une très bonne critique de ta part. D'ailleurs je pense que l'on doit te remercier. Tu es carrément la caution "culturelle" de notre blog à bien y regarder. C'est souvent toi qui cherche le plus à aller voir au cinéma des films sortant du moule hollywoodien et ainsi tu offre des critiques de films plus intimistes. J'ai presque envie de dire, heureusement que tu es là. Je dis bien presque, car tu n'en demeure pas moins un être détestable, une raclure de bidet ultime.

Vivien fait caca et est très mature 09/06/2013 12:34

Putain, je dois être con mais je viens de comprendre le jeu de mot du titre de l'article...

Vivien fait caca et est très mature 08/06/2013 16:34

Très bonne critique, claire et concise.
Personnellement, ce film m'intéresse un tout petit peu, mais j'aime pas trop ce genre de cinéma totalement dépressif à broyer du noir aussi foncé que l'obsession sexuelle de Dominique Strauss-Khan... Pour moi un film qui ne laisse aucun espoir envers ses personnages, à la Michael Haneke, n'est clairement pas un film plaisant, à part s'il prend le chemin du burlesque, mais bon, je ne pense pas que ce soit le cas ici...

yoyo114 08/06/2013 20:31

Et effectivement, pas de burlesque à l'horizon :p

yoyo114 08/06/2013 20:31

J'exagère légèrement quand je dis que c'est un film complètement glauque et dépressif. Comparé aux Lars Von Trier, le Passé est une comédie bisounours. Mais ça reste noir pour autant, alors que ça aurait pu l'être beaucoup moins sans perdre de sa puissance.