Mamá : plaisir coupable

Publié le 15 Mai 2013

 

 

Un film de Andres Muschietti

Durée : 1h40

Interprètes : Jessica Chastain, Megan Charpentier, Nikolaj Coster-Waldau, Daniel Kash, Isabelle Nelisse.

 

Synopsis :

Il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas et sa petite amie Annabel les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux sœurs sont suivies par une présence maléfique... Synopsis Allociné

 

Ca donne quoi ?

En fin de compte, ce qui angoisse le plus sur l'affiche, ce n'est pas le bras cadavérique auquel s'accroche la petite fille, mais plutôt le titre du haut : Guillermo del Toro présente. Les grands pontes du cinéma de genre sont souvent tentés de faire éclore de nouveaux talents, à l'image de Steven Spielberg qui finança J.J Abrams pour Super 8, ou Alexandre Aja qui confia le remake de Maniac à un jeune réalisateur inconnu. Parfois, cela donne de beaux films (le nostalgique Super 8), mais le plus souvent, ça donne des films impersonnels qui tentent vainement d'égaler les modèles du genre. Est-ce le cas pour Mamá, projet suivi de très prêt par le maître de l'épouvante poétique moderne, monsieur Del Toro ? Je craignais que oui, mais comme un copain voulait absolument le voir, j'y suis allé, mais vraiment à reculons.

 

 

Et je dois admettre que la marche à reculons n'était pas nécessaire, puisque ce film est de bonne facture, j'irais même jusqu'à dire qu'il est très bon. Alors, certes, il faut accepter un nombre assez phénoménal de clichés, dans un scénario qui semble écrit avec pour seul but de faire peur. Le décorum du film est si grossier que ça en devient presque drôle : on aura donc le droit à une cabane, une grande maison vide, des placards, un asile psychiatrique, des fillettes inquiétantes, des rêves en couleurs saturées, des bureaux d'archives, des ossements, et un petit chien. Le cadre est posé, l'ambiance est impersonnelle, les seconds rôles sont moyennement joués... Tout est bien parti pour un film d'angoisse indigent. Cependant, on ne peut pas réduire Mamá à un film d'épouvante moyen. La mise en scène est soignée, évitant les effets clips ou les travellings à outrance. Et, chose notable, il n'y a aucune scène gore. Le réalisateur va donc utiliser d'autres outils pour instaurer un climat de terreur.

 

Parmi les outils, il va en utiliser un en particulier, il va l'utiliser énormément, tout le temps, jusqu'à l'overdose : LE SURSAUT. Ca commence dès les premières minutes, et ça n'arrête absolument jamais. C'est d'ailleurs assez regrettable qu'à certains moments, le réalisateur se sente obligé de transformer son film en une vulgaire séance de train-fantôme. Les apparitions de la fameuse Mama sont parfois hors-sujet, et ne servent qu'à l'épouvante pure. Cette ambition purement formelle donne parfois au film un aspect bancal, voire brouillon.

 

Et pourtant, mine de rien, on s'attache aux personnages, notamment à Annabel (interprétée par Jessica Chastain, excellente dans un rôle à contre-emploi). La tension se resserre comme un étau, c'est classique mais c'est tellement bien exécuté qu'on se laisse complètement prendre au jeu. Et puis, tout simplement, on a les jetons. C'est même rare d'avoir autant peur au cinéma. Certains passages sont absolument époustouflants (flash-back de l'asile, et passage dans la cabane), et confirment que ce jeune Muschetti a un bel avenir devant lui. Notons enfin que la créature fantomatique est très réussie.

 

C'est le dénouement qui est définitivement le point fort du film. Le film d'épouvante se transforme en conte noir sur l'instinct maternel, et rappelle les plus beaux moments du Labyrinthe de Pan. Le réalisateur abandonne les sursauts faciles, et les clichés du genre, pour servir cette fin poétique qui donne au film, in extremis, une grande crédibilité.

 

 

Pour conclure :

Le film va bientôt quitter les salles obscures, mais s'il passe encore chez vous, n'hésitez pas. Si vous aimez trembler d'effroi, voilà un film de bonne facture qui a le mérite d'offrir un final inattendu. Il faudra cependant passer outre les sempiternels poncifs de l'épouvante : comme le dit Jean-Marie Bigard, la nuit tombe à 14h30... Et je me demande parfois pourquoi les héros s'obstinent à visiter la cabane, et JUSTEMENT en pleine nuit. Voilà quelque chose qui ne me viendrait pas à l'esprit.

 

Note : 4/5

Mamá : plaisir coupable

Rédigé par yoyo114

Publié dans #Sorties Ciné, #Dans le Magnéto

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