Only God Forgives : la critique.

Publié le par Hunter Arrow

Only God Forgives : la critique.

Nicolas Winding Refn est un réalisateur talentueux et atypique faisant rarement ce à quoi le spectateur pourrait s'attendre. Avec Bronson vous vous attendiez à un biopic sur la vie du plus dangereux prisonnier d'Angleterre ? Perdu ! A la place il vous fait un film exaltant la passion artistique dévorante de ce taulard ultra violent. Avec Valhalla Rising, vous vous attendiez à un film de Viking âpre et violent ? Là encore perdu ! Tout ce que vous aurez c'est une ballade métaphysique ultra violente. Et si après le succès de Drive, son film le plus accessible, on pouvait s'attendre à ce que Refn use à nouveau de la recette de ce dernier pour attirer le plus grand nombre, force est constater qu'il prend une fois de plus son spectateur à contre pied de ses attentes, pour le meilleur mais surtout pour le pire...

 

De quoi ça cause ?

 

Vu que je ne vais pas prendre la peine de paraphraser le résumé d'Allociné et je vais vous le poster tels quel :

 

« À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue.
Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers.
Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics … »

 

Bon maintenant ce synopsis, vous le regardez bien et surtout vous l'oubliez. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour monsieur Refn, raconter une histoire ce n'est pas assez hype et que ce point est ultra secondaire dans son film. Si vous critiquiez le scénario de Drive, réjouissez vous, celui de Only God Forgives est autant minimaliste que dénué de narration et ce sera au spectateur de remettre en place les morceaux au fur et à mesure qu'avanceront les différentes scènes. Mais attention il n'est pas dénué de profondeur et ça Refn va tout faire pour vous le faire comprendre.

 

 

Et c'est bien ?

 

Pour tout dire, non, bien ce n'est pas. Mais attention ce film n'a même pas la décence d'être totalement foiré. C'est d'ailleurs ça le plus frustrant en fait. Il m'aurait été bien plus aisé de vous signer une critique haineuse à l'encontre d'un film que je qualifierais de « merde prétentieuse », mais il ne m'en laissera pas le plaisir, me forçant à nuancer mon propos. Je te hais Refn !!! Le pire étant qu'il m'oblige à bouleverser la structure habituelle de ma critique. Vous savez habituellement je me tiens à l'introduction, le synopsis, les concessions faites et enfin je termine sur l'argumentation censée vous convaincre de voir ou non un film en évoquant les qualités ou défauts. En bref, la technique de l'argumentaire typique telle qu'on me l'a enseigné en classe de 4ème. Mais non je ne peux aborder cette forme tant les qualités sont indissociables des défauts de ce Only God Forgives. 

 

Car oui, si le film profite de superbes atouts, on n'excusera pas les lourdeurs créées par le réalisateur afin de mieux surligner ces fameux atouts. Pour être clair Refn est tellement fier d'avoir réalisé un truc génial (d'après lui) qu'il se sent obligé de vous montrer à quel point c'est génial ; tel un gosse tout content de son dessin censé représenter un ours de Patagonie mais ressemblant davantage à une truite de Sibérie qui vous en impose la vision sous vos yeux en vous hurlant dans les oreilles « hein que c'est beau, hein que c'est beau !!! Dis c'est beau hein ? ». Et c'est alors que lassé, vous lui concédez la beauté de son œuvre ou plus vraisemblablement une bonne mandale dans sa put*in de gueule d'innocent... enfin bref je m'égare visiblement.

 

 

Bon je vais commencer par évoquer l'unique qualité sautant aux yeux sans effet kiss cool : la bande originale qui est excellente. Elle contribue fortement à l'ambiance de ce long métrage. Voilà c'est tout pour le truc cool sur lequel je ne peux pas troller. Maintenant j'attaque le gros œuvre !

 

Alors abordons le point qui saute directement aux yeux : Dieu que c'est beau. Il n'y a pas à renifler de la raie pour éternuer de la coke, il faut reconnaître que visuellement ce Only God Forgives arrache la rétine. Qu'il en soit de la direction artistique, de la photographie, du caractère quasiment surréaliste de Bangkok... nous sommes clairement devant un film qui flatte la rétine tout comme Drive en son temps, même si le dernier film de Refn a un caractère nettement plus anxiogène que son précédent. Alors oui c'est beau et ne vous inquiétez pas, Refn le sait bien et ainsi il fait tout son possible pour appuyer à fond sur la beauté de son film au risque d'oublier toute notion de narration qui est aux abonnés absents de l'oeuvre. 

 

Son premier recours : l'adoption d'un rythme anémique. Alors attention je n'ai rien contre la lenteur mais là cette dernière est complètement abusive. Tout est clairement fait pour sublimer ses cadres et si Refn parvient à créer de belles images il oublie complètement de confier un souffle à ces dernières. C'est beau mais aussi très superficiel et surfait et pire ça créé un sérieux déséquilibre dans le rythme du film.

Car comme je l'ai dis plus haut, Only God Forgives est lent, très lent. J'ai eu l'impression que le tour de force de Refn pour ce film est d'avoir tourné le premier long métrage intégralement au ralenti sans jamais avoir augmenté le nombre d'images par secondes. Beau boulot mec, nul doute que Paul W Anderson doit être jaloux du résultat ! Pour être honnête, à force de ne pas vouloir casser son obsession du plan « photographique » (comprenez par là le plus figé possible), l'ensemble peut en devenir indigeste. Et le côté malsain de cette lenteur n'est pas tant le fait que le film devienne un poil ennuyant pour ne pas dire chiant à s'en manger les cheveux et à s'en sentir pousser les ongles.

 

Non le pire étant qu'à cause de cette lenteur poussée à son paroxysme d'une façon complètement surfaite, le long métrage de Refn en vient à flinguer l'impact de ses scènes «choc ». La raison à ce fait est simple : quand un personnage prend deux plombes à accomplir la moindre action même la plus violente et ignoble, comment être surpris par ce qui se passe à l'écran. Pour être plus clair, à force d'appréhension, le spectateur a deux choix : se résigner et accepter l'idée qu'un spectacle horrible va se dérouler sous ses yeux (encore plus chez Refn qui n'a pas l'habitude de ménager son spectateur), ou alors continuer à faire sa fillette et faire « Oh seigneur dieu que c'est horrible ! Je préfère me cacher les yeux et laisser ma femme porter le pantalon, conduire, voter, parler enfin bref me dominer parce qu'en réalité cette dernière parvient à supporter cette scène et moi pas. ». Et bien en ce qui me concerne, je me suis résigné. Et c'est ainsi que devant la scène la plus « choquante » du film j'étais comme anesthésié, préparé à subir l'inévitable mais ayant forgé une carapace suffisante pour ne pas me laisser atteindre. Résultat et bien rien... le vide émotionnel le plus complet.

 

Je me devais bien d'apporter une petite caution "gabardine" à cette critique...

 

Et ce vide émotionnel ne sera pas comblé par l'interprétation des acteurs qui ont oublié d'offrir des prestations me permettant de m'accrocher émotionnellement à cette histoire. Alors comprenez bien qu'ils sont très loin d'être mauvais, bien au contraire. Certains reprocheront à Gosling de tirer un peu trop sur la corde en jouant avec les même « mimiques », mais il faut reconnaître que l'idée de transparaître les traits du personnage du Driver vu dans Drive en Julian et de rendre ce dernier bien plus vulnérable voir impuissant n'est pas mauvaise. Le soucis provenant du fait que ce personnage ne suscite en nous aucun attachement émotionnel quelconque. Non il est dans le ton du film : complètement froid et détaché. Alors dans ces conditions comment s'attacher à son « parcours » et se passionner pour se dernier ?

 

Quant au reste du casting bien qu'excellent ne peut en aucun cas servir d'attache identificatrice pour le spectateur. En effet on a d'un côté une Kristin Scott Thomas qui est certes excellente mais incarne une pure saloperie qu'on ne pourra que haïr et de l'autre on a Chang, flic à la retraite joué par le charismatique Vithaya Pansringarm. Alors le cas de ce dernier est un peu particulier car si il est plus froid qu'un glaçon il faut reconnaître qu'il demeure un personnage formidablement écrit et passionnant, très puissant de par la symbolique qui se dégage de sa personne. Faire de lui une sorte d'esprit quasi omniscient frappant, de sa justice implacable et tranchante, les injustes au milieu d'un Bangkok aux allures d'un purgatoire est très intéressant. Ainsi la symbolique autour de ce personnage touche juste.

 

Toujours dans le registre de la direction des acteurs, on remarquera que Refn aimait bien proposer sur le tournage des petits défis à ces derniers tels que celui qui respectera le plus la règle des longues pauses entre chaque ligne de dialogue ou encore les faire jouer à « Un, deux, trois, soleil » avec la caméra. En clair dès que la caméra les braque, surtout ces derniers ne doivent plus bouger. Tout cela renforce davantage le manque de naturel qui handicape ce long métrage.

 

SYMBOLISME !!!!!

 

Maintenant, sans transition je vais évoquer la « profondeur » de ce Only God Forgives tant vantée par ses défenseurs. Une profondeur qui se retrouve dans un sous texte purement symbolique dissimulé derrière un esthétisme froid et anxiogène. Disons le c'est loin d'être inintéressant. Le film brasse plusieurs thèmes tels que la vengeance, la justice, le besoin affectif, la culpabilité, l'envie de laisser libre cours à ses bas instincts... Quelques fois il le fait très bien, mais malheureusement le plus souvent il le fait mal. Car si vouloir enrichir son scénario avec des notions plus complexes est une intention louable, il est tout de même recommandé de bien le faire et non de sombrer dans du démonstratif aussi gratuit qu'inutile et par là même ridicule. Filmer le paquet (comprenez là LE paquet) impassible d'un Gosling tout aussi impassible devant les « sollicitations » d'une prostituée et entrecouper le tout par des images de la mère pour ainsi souligner la portée castratrice de cette dernière, ça va peut être exciter les cinéphiles du dimanche voyant en ce passage toute la subtilité que seul un grand film d'auteur peut offrir ; mais pour l'anti astiquage de nouille que je suis, c'est juste d'une grande stupidité et de mauvais goût. L'autre point dérangeant dans cette orgie de symbolisme est que Refn ne les introduit que très maladroitement dans son film. Ainsi le montage abrupte n'aidera pas le spectateur à rentrer dans le film et malgré les bonnes idées, on comprendra vite que Only God Forgives est un film dont il est plus intéressant d'en parler plutôt que de le voir.

 

Pour conclusionner :

 

Alors bien sur certains défenseurs argueront que Only God Forgives est davantage un film à voir plutôt qu'un film à comprendre et qu'il renoue avec cette idée que le cinéma est avant tout un art visuel avant d'être narratif. A ces derniers je réponds « c'est votre façon de voir mais pas la mienne donc par extension vous avez tort ». Le cinéma est autant un art visuel que narratif. La plus grande force de ce dernier étant qu'il peut raconter des histoires sans ligne de dialogue ou quasiment. Ce fut le cas avec Drive mais de tout évidence ça ne l'est pas avec ce Only God Forgives.

 

Car au final il se contente de livrer deux ou trois idées abstraites assez pertinentes et plaisantes à creuser, emballant le tout avec de jolies images mais il oublie complètement de créer un lien entre ces idées. Je vais ainsi conclure avec une petite « métaphore » douteuse : pour moi ce film est tels un plat constitué de bons ingrédients mais dont le dosage bancal de ces dernier ainsi que leur mauvaise utilisation à achevé de rendre le met indigeste. En clair c'est un beau ratage. Je rajouterai que l'on est ici devant un film victime de la trop grande prétention de son réalisateur. Si dans Drive ce dernier mettait son talent formel complètement au service de son film, avec Only God Forgives j'ai eu l'impression que c'était l'inverse. En effet j'ai cet étrange sentiment que ce film a davantage été pensé pour satisfaire l'ego de Winding Refn et pour vanter sa maîtrise technique au détriment de la cohérence de l'ensemble. Et en cela c'est une erreur que seul Refn peut pourra se pardonner.

 

Ma Note : 2/5

 

L'Avis de mr-edward :

2 ans après Drive (film pour lequel il a reçu le prix de la mise en scène à Cannes), Nicolas Winding Refn revient, pour sa 9ème réalisation (et sa 2ème collaboration avec Ryan Gosling) à Cannes avec Only God Forgives. Alors Verdict ? Se rapprochant plus d'un Valhalla Rising que d'un Drive, Only God Forgives va très certainement secouer les spectateurs. Les bandes-annonces laissaient transparaître un film très violent à l'ambiance anxiogène, et c'est le cas. Je me rappelle qu'à l'époque de Drive, j'avais reproché à Nicolas Winding Refn de tomber dans un trop pleins d'hémoglobines, j'ai été gâté. Malgré tout, je reste dubitatif à la sortie de la séance. Only God Forgives possède de grandes qualités mais aussi des défauts qui font que le film reste une déception, pour ma part. Comme à son habitude, Nicolas Winfing Refn livre une excellente mise en scène, bien que restant parfois, un peu trop dans le démonstratif (un point qui n'était pas gênant dans Drive). L’esthétique est très travaillée, parfois un peu froide qui fait que l'on ne peut avoir du mal à s'immerger totalement dans le film. Le film est très violent, très brutal et déconseiller aux âmes sensibles. Au niveau du casting, Ryan Gosling livre une très bonne prestation mais ressemblant un peu trop à son personnage dans Drive. Kristin Scott Thomas est excellente. Vithaya Pansringarm est la révélation du film, dégageant un certain charisme. Concernant la bande-son, elle est l’œuvre de Cliff Martinez et habille très bien le film. Quand au montage en lui-même. Celui-ci manque de fluidité et donne au film l'impression d'une coquille vide et que le réalisateur n'a rien à raconter, et c'est bien là le gros point noir du film. Certes, l'histoire est assez simple mais Nicolas Winding Refn ne développe pas assez ses personnages, en les rendant tous énigmatiques, il n'arrive pas à créer une certaine empathie envers eux et du coup on n'arrive pas à se sentir impliquer, pourtant il y avait matière à faire. Le film semble trop court et reste, par moment, bloqué sur des détails inutiles. En résumé, Only God Forgives n'est pas un mauvais film mais une légère déception.

Note : 2.5/5

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Hunter Arrow 14/06/2013 19:39

Bon si ça peut te rassurer tu n'auras plus à le faire pour moi. Là j'ai enfin compris comment mettre en page sur Overblog donc pour le coup, je ne pense pas refoirer ma mise en page comme je l'ai fait avec cette critique.

Hunter Arrow 11/06/2013 22:05

Deux actrices très bonnes en tout cas. Sinon merci à celui qui a corrigé ma mise en page, je voulais le faire (pour baisser la taille de la police et changer cette dernière). Par contre unique bémol pour faire mon chieur : l'agrandissement de la "légende" en dessous de la photo de la gabardineuse thaïlandaise à qui je boufferai bien son riz cantonais... elle a l'air de bien cuisiner. Cette agrandissement noie la légende avec le reste du texte et peut embrouiller.

mr-edward 11/06/2013 23:40

C'est moi.

Hunter Arrow 08/06/2013 15:31

Je ne l'ai jamais vu en entier. Pas accroché. Toutefois pour ce que j'en ai vu, Mulholland Drive est carrément mieux dosé et plus intelligent dans ses "placements" métaphoriques que ce Only God Forgives. Mais j'essaierai de le revoir car la fois où je suis tombé dessus, j'étais encore assez jeune et les hormones commençant à m'astiquer, la seule scène qui m'intéressait c'était la scène de broute broute entre Naomie Watts et l'autre actrice dont j'ai oublié le nom.

yoyo114 11/06/2013 19:42

Deux excellentes actrices !

mr-edward 08/06/2013 16:00

Laura Harring

Hunter Arrow 08/06/2013 12:27

Qui sait, tu pourrais aimer... Personnellement je pense qu'il est de ces oeuvres mauvaises qui ont suffisamment de personnalités pour pouvoir être aimer y compris par des gens qui ont du goût rien que de par ses qualités esthétiques et ses métaphores trop "powerfull" tu vois...

yoyo114 08/06/2013 13:24

En lisant cette critique, une question m'est revenue en tête, une question que je me pose depuis longtemps.
Est-ce que tu as vu Mulholland Drive ? Et l'as tu aimé ?

Hunter Arrow 06/06/2013 00:56

Merci pour les compliments les enfants. Ca me fait d'autant plus plaisir que je m'y suis donné du mal et surtout que j'avais des doutes quant à cette critique, tant elle ne me satisfait pas à 100% de par sa structure un peu "bordélique". Mais le film avait tellement de points à traiter ou d'exemples pertinents pour étayer mes propos... mais en dire trop aurait été spoilé. Enfin bref merci. Quant à l'allusion sur les gamins, je remercie mes petits frères en bas âge qui me l'ont inspirée...

yoyo114 07/06/2013 08:39

Du coup, tu m'as donné envie de voir le film. (j'rigoooooole)

yoyo114 05/06/2013 22:33

"Et c'est alors que lassé, vous lui concédez la beauté de son œuvre ou plus vraisemblablement une bonne mandale dans sa put*in de gueule d'innocent"
Celle là vaut aussi son pesant de gabardine.

mr-edward 05/06/2013 22:26

"Il n'y a pas à renifler de la raie pour éternuer de la coke" rien que pour cette phrase, ta critique mérite 5 étoiles, très bonne, on en redemanderait presque.

yoyo114 05/06/2013 20:57

On se laisse porter par cette critique comme un gosse entre dans un train fantôme. Mélange de fascination, de rire et de terreur. Fascination parce qu'elle est diaboliquement bien écrite. Rire parce que, malgré ta vulgarité, hunter, tu pourrais faire rire n'importe quelle petite mémé fan des documentaires théma d'Arte. Terreur car on entre dans l'univers de deux psychopathes : Nicolas Winding Refn et Hunter Arrow!

Lelya 05/06/2013 20:51

j'aime ta loyauté