"Mud : sur les rives du Mississippi" : un cinéma entre deux eaux

Publié le 1 Mai 2013

 

Du haut de ses trente-quatre ans, Jeff Nichols n'a pas la carrure d'un réalisateur confirmé. Et pourtant... En 2011, son deuxième long-métrage, Take shelter a connu un énorme succès critique et a remporté des récompenses prestigieuses, notamment au Festival de Cannes. Le film racontait l'histoire d'un père de famille soudain pris de visions apocalyptiques, et qui tentait de protéger sa famille du désastre à venir, bien que tout son entourage le crût fou.

 

Il revient en 2013 avec Mud, une fable initiatique sur l'amour et la perte de l'innocence, avec pour toile de fond l'ambiance sudiste du fleuve Mississippi. Un récit vu à hauteur d'adolescent, qui s'inscrit dans la tradition des récits sudistes à la Pat Conroy.

 

De quoi ça parle ?

 

Ellis et Neckbone, tous deux âgés de quatorze ans, font la rencontre d'un homme mystérieux, reclus sur une île en plein Mississippi. Il dit qu'il s'appelle Mud, et qu'il s'est installé sur cette île pour attendre sa petite amie. De pacte en pacte, de services en services, les deux jeunes font se lier d'amitié avec Mud. Mais très vite, Ellis découvre que Mud est recherché par la police.

 

Ca donne quoi ?

Sept ou huit fois dans le film, Jeff Nichols filme le fleuve, à différents endroits, sous différents angles. Pas étonnant : le fleuve est plus qu'un simple décor dans le film. C'est un être vivant, à la fois beau et menaçant (les mocassins d'eau dont la morsure est fatale). Mieux encore, le scénario se déroule comme un fleuve : on se laisse porter par le courant de l'intrigue sans trop savoir où elle va nous mener, à certains moments on croit être arrivés au dénouement du film alors qu'il reste encore une bonne demi-heure de voyage, mais qu'importe, on est profondément bien, on ne veut pas quitter ce fleuve, on ne veut pas quitter cette histoire éblouissante.

 

 

Eblouissante, c'est le mot. Car le réalisateur accorde une confiance totale à son personnage principal, il lui fait découvrir les aspérités du monde des adultes, les déceptions amoureuses, les injustices de la loi, etc. Même s'il n'y a pas de voix-off, le récit se déroule du point de vue d'Ellis, un adolescent qui a soif de vivre, qui croit au grand amour comme Mud, mais qui va se prendre quelques claques (réelles et symboliques) pendant tout le film. Le cinéma américain a tendance à caricaturer les adolescents (voir Super 8), mais ici, Jeff Nichols donne à son personnage une vérité très émouvante. Ellis est intelligent, noble, assez naïf au début, et finalement il prend conscience de la réalité des rapports humains. Rarement, dans le cinéma américain, un adolescent a été aussi bien dessiné.

 

L'inteprète d'Ellis, Tye Sheridan, était, comme son personnage, âgé de quatorze ans pendant le tournage du film. Il est époustouflant. Il porte le film sur ses épaules pendant plus de deux heures, avec une grâce et un naturel digne des plus grands acteurs. Il a cette même rage que le réalisateur : celle d'insuffler une vérité au récit, et de ne pas rester dans la caricature. A la fin du film, lors d'une scène où Ellis fond en larmes tout en reprochant  ses malheurs à Mud, j'étais tétanisé. A la fois parce que l'histoire était saisissante, mais surtout parce que je trouvais presque surnaturel de voir un adolescent jouer aussi bien.

 

En voyant Mud, on pense à The tree of life, de Terrence Malick. Pas étonnant : Jeff Nichols a déclaré que Malick était un de ses maîtres cinématographiques. De plus, Tye Sheridan jouait dans The tree of life. Heureusement, le réalisateur nous épargne le maniérisme propre à Terrence Malick (ô nature, pourquoi vivre dans les turpitudes de la haine ??) et préfère un scénario sobre, bien que haletant dans la dernière partie. Pour autant, on ne s'ennuie pas une seule seconde, ce qui est un véritable exploit vu la lenteur du film.

 

La réalisation est parfaite. On ne s'en rend pas compte sur l'instant, car Nichols ne fait pas dans le grandiloquent. C'est après le visionnage qu'on se rend compte à quel point sa mise en scène est percutante, brillante et inspirée. S'il fallait vanter un aspect de la réalisation, ce serait la lumière. Que le soleil soit en train de se lever, au faîte ou au crépuscule, Nichols trouve toujours un moyen de capter la lumière, de la rendre émouvante. Il filme la lumière du soleil sur le visage de Mud, celui d'Ellis, avec une grâce phénoménale (on sent toujours le fantôme de Malick). Saluons enfin l'interprétation générale, car même si Tye Sheridan surpasse tout le monde, les seconds rôles sont magnifiquement campés. Mud est superbement interprété par le ténébreux Matthew McConaughey, et le jeune interprète de Neckbone donne à son personnage beaucoup de corps et d'humanité. Citons enfin Michael Shannon et Reese Witherspoon, très bons dans leurs rôles respectifs.

 

 

Ce scénario digne des plus grands récits, et cette réalisation sobre mais brillante font de Mud une réussite totale, qui nous transporte sans qu'on s'y attende. Un film sans fausse note, et pratiquement sans défaut. Le seul petit reproche que l'on pourrait lui adresser, c'est le machisme ambiant de l'histoire, auquel le réalisateur semble adhérer. Mais en même temps, ce n'est peut-être pas un défaut, car l'histoire est racontée du point de vue d'Ellis, comme je l'ai dit plus haut. Et Ellis a tellement vécu dans ce monde qu'il est imprégné de cette vision un peu caricaturale des femmes. Ce "défaut" est peut-être simplement la preuve que Nichols a fait vivre son personnage et son récit jusqu'au bout.

 

Que retenir ?

 

 

Le film navigue entre film d'auteur intimiste et film d'aventures à grand public. Le plus grand mérite de Nichols est de ne jamais choisir. Il trace sa route, emprunte quelques poncifs du cinéma indépendant sans jamais tomber dedans. Il ne triche pas avec son spectateur, et dépouille son film de tout effet tape-à-l'œil. En ressortant de la projection, on a le sentiment d'avoir découvert un génie encore méconnu, qui va (espérons-le) exploser dans les années à venir.

 

 

Note : 5/5

d'autres critiques sur ce film : http://luocine.over-blog.com/mud-jeff-nichols

 

L'Avis de Hunter Arrow :

Que dire de plus après la critique de mon collègue. Ce dernier retranscrit parfaitement ce film de par ses mots et au final les miens paraissent dérisoires. Je partage totalement l'avis de Yoyo114 quant à ce film.

Dôté d'une réalisation solide, du jeu d'acteurs exceptionnels qu'ils soient confirmés tels que Sam Shepard ou Matthew McConaughey ou "débutants" tels que le génial Tye Sheridan, d'un scénario passionnant... tout concours à faire de ce voyage initiatique une parfaite réussite qui nous emporte au gré du fleuve Mississipi. Un grand et beau moment de cinéma comme j'aime en voir. Indispensable.

 

 

L'Avis de mr-edward :

Je me suis laissé bercé et entrainé par le fleuve du Mississipi, pour assister à un beau et grand moment de cinéma. Sincère et touchant, Mud est de ces films qui ne triche pas et qui n'est pas noyé par des tonnes de fioritures. Certes, le rythme du récit est lent mais jamais chiant. Jeff Nicols ne sombre jamais dans la facilité et la caricature. Les thèmes sont, certes, classiques mais tellement bien traité. La raison étant un scénario très bien écrit. Concernant la réalisation, celle-ci est solide et Nichols maîtrise son sujet, cherchant le meilleur cadre, le meilleur plan possible. Au niveau des acteurs, Matthew McGonaughey est exceptionnel, ainsi que Tye Sheridan, qui est la révélation du film. En résumé, un grand film indispensable à voir.

Note : 5/5

Sur les rives du Mississipi, du grand cinéma dont on tombe immédiatement amoureux

Sur les rives du Mississipi, du grand cinéma dont on tombe immédiatement amoureux

Rédigé par Yoyo114

Publié dans #Sorties Ciné, #Dans le Magnéto

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Hunter Arrow 08/06/2013 12:29

Le "malgré tout" répondait à vos deux précédents posts. Mais sache qu'il est très rare que je concède à une femme une parole sensée. Voir les laisser parler c'est leur faire trop d'honneur.

mr-edward 08/06/2013 15:27

Hunter T'es juste devenu une couille molle ! Avant t'étais ignoble, mais ça s'était avant. J'avais du mépris pour toi mais à cause de ce que tu as OSÉE écrire, tu ne m'inspire plus que de l'ignorance.

Yoyo : Je ne remercie pas les raclure de bidet comme toi ou Hunter. Vous êtes du même acabit.

Hunter Arrow 07/06/2013 18:33

Personne n'a remarqué que j'ai osé donné raison à une femme ? Qui plus est Leyla ? Le monde s'écroule et semble avoir accepté ma conversion au couillemollisme.

Lelya 11/06/2013 18:49

je trouve qu'avec tous ces "repondre" ça veut plus rien dire, mais c'est marrant.

yoyo114 07/06/2013 19:48

"Mais Leyla a raison malgré tout" : c'est vrai qu'à la lecture de cette phrase, j'aurais du sauter au plafond et crier dans tout mon quartier que la fin du monde était imminente. Je pense que c'est le "malgré tout" qui atténue l'impact de ta phrase. Ce "malgré tout" peut vouloir dire : malgré le fait qu'elle soit une femme et donc un être inférieur"

Hunter Arrow 06/06/2013 17:28

Mais Leyla a raison malgré tout, la critique de Yoyo est parfaite car j'ai exactement eu le même ressenti que ce dernier. Y compris ce frisson pendant la scène où Ellis s'en prend à Mud. Surement à mon sens l'un si ce n'est LE plus beau film de l'année et je ne peux que remercier chaleureusement Yoyo pour nous avoir fait découvrir cette pépite que j'ai failli louper à cause d'une promotion inexistante.

Sinon quand à la misogynie du film je n'ai pas pu m'empêcher de déclamer deux magnifiques "sal*pes" à voix haute dans la salle de cinéma où j'étais seul dans les deux moments cruciaux témoignant combien les femmes peuvent être maléfiques.

yoyo114 06/06/2013 23:06

Sais-tu seulement ce que "remercier" signifie ?

mr-edward 06/06/2013 22:28

Je ne vais pas le remercier d'un film dont je connaissais l'existence mais que je voulais garder pour moi...

Lelya 02/06/2013 19:55

honnêtement, ta critique est assez parfaite

mr-edward 05/06/2013 13:44

Les femmes sont des gens comme les autres, mais en moins bien.

yoyo114 05/06/2013 12:21

Je pense que lelya a apprécié que je souligne la misogynie du film. Bien sûr, je ne pensais pas un mot de ce que j'ai dit, puisque selon moi, les femmes sont toutes des sorcières, et ce film le montre bien.
(oups, hunter a piraté mon compte).

mr-edward 04/06/2013 22:16

Il ne faut pas compliment ce type de raclure, c'est dangereux. C'est comme dire à Hunter que c'est un type bien.

Lelya 04/06/2013 22:01

bah oui mais j'ai ressenti la même chose disons. Presque. C'est le seul compliment de l'année, enjoy

mr-edward 04/06/2013 14:53

Pourquoi est-ce que je te ferais une fleur, raclure de raclure ?!

yoyo sans 14 03/06/2013 10:01

Je pensais que tu aurais la décence d'attendre mon prochain article pour me terrasser. :o

mr-edward 02/06/2013 22:19

C'est du yoyo donc ça ne peut pas être parfait.

Hunter Arrow 10/05/2013 20:28

Je vais chercher ça...

Hunter Arrow 06/05/2013 14:29

Comme toujours, très bonne critique de ta part. Par contre je commence presque à croire qu'il y a une malédiction Yoyo : presque toutes tes critiques traitent de films n'étant pas diffusés dans "mon" cinéma... Ce qui est rageant, surtout pour ce Mud qui donne bien envie.

yoyo 06/05/2013 21:17

Si je peux te faire une suggestion (et si tu as le temps), n'hésite pas à prendre ta carriole et ton carburant zouzbèke, et file jusqu'au premier cinéma qui le diffuse. Je pense qu'il te plaira au moins autant qu'à moi, vu que tu apprécies les films épurés mais pas élitistes pour autant.

Après, je veux pas faire mon cinéphile borné, mais je pense que la VOST s'impose, car le jeu des deux enfants font toute la force du film.

yoyo 06/05/2013 19:10

Merci à tout le monde pour vos retours positifs. Et en ce qui concerne le problème d'hunter : à mon avis, c'est parce que les films que j'aime sont souvent assez peu distribués (royal affair et starbuck). Mais comme j'habite près de Lille, j'ai le choix entre quatre cinémas. Ce qui me permet de voir les pépites auxquelles TU n'as pas accès (hahahahahaha !!!!)

mr-edward 05/05/2013 15:55

Excellent article raclure de bidet. Je te méprise encore plus, car c'est un film que j'attendais mais malheureusement il ne passe pas par chez moi.

Williamud Muddada 05/05/2013 12:01

Très bon article, tu as juste mis un "r" en trop dans "tupitude" dans la phrase "ô nature, pourquoi vivre dans les turpitudes de la haine ??". Tu m'as donné envie de le voir, je me jetterai corps et âmes et vêtements et PC et lecteur DVD dedans à l'occasion.

yoyo sans 14 05/05/2013 16:46

Ah, possible, en effet.

mr-edward 05/05/2013 15:54

tupitude = tupide, coïncidence ?! je ne crois pas

yoyo fait sa raclure 05/05/2013 12:07

au risque de faire ma raclure ultime, je reste sur mes positions, et je maintiens que l'on dit "turpitudes".

Pantoufle 05/05/2013 11:56

Pastèque

William accuse VIVIEN 05/05/2013 16:41

Par contre "Pantoufle gay", là c'est pas moi, je sais pas qui a ce genre de délires, mais j'ai une petite idée. Bien entendu, je ne dirai pas son nom.

Williamudfait des jeux de mots douteux 05/05/2013 16:40

Jamais je ne me dénoncerai!

Pantoufle gay 05/05/2013 12:37

à mon homme

yoyo 05/05/2013 12:04

à qui ai-je l'honneur ?