Transcendance, la critique

Publié le par Hunter Arrow

Introduction :

Si vous nous pratiquez depuis un moment, vous devez savoir que nous sommes du genre taquin. Donc à ce titre je pense que vous vous attendez à lire dans cette critique une blague faisant le lien entre le titre du film traité et l'adjectif "transcendant". Sachez que pour cause de vanne éculée et clichée, vous ne retrouverez pas cette dernière ici. Et si par malheur vous vous avisiez de la faire dans les commentaires, alors je vais remonter votre adresse IP, trouvez qui vous êtes, où vous vivez, ce que vous aimez et je vais vous détruire... Mais vraiment, littéralement. Je vais tellement vous détruire qu'à la fin même les Experts Miami, Las Vegas, New York ou de Moncul seraient incapable de retrouver des fragments de votre ADN. Donc, voilà ça c'est dit.

Maintenant traitons du film en lui même. Transcendance est le premier film de Wally Pfister un nom difficile à prononcer sans postillonner et qui vous évoquera quelque chose si vous êtes du genre à rester pendant le générique des films, en particulier ceux du réalisateur Christopher Nolan. En effet Pfister  est son directeur de la photographie attitré depuis Memento. Le monsieur s'est aussi fait connaitre pour avoir copieusement déféqué sur la photographie du succès de l'année 2012 : The Avengers. Ou juste Avengers... mais on s'en fout et il y a bien un Mr Edward, spécialiste des films avec des mecs en collant qui va pouvoir me corriger si besoin dans les commentaires.

Après je vous mentirais si je vous disais que j'attendais particulièrement ce film. Non j'ai adopté avec lui la même démarche que j'adopte maintenant avec tout les films : je ne me renseigne pas sur ces derniers avant de les voir. Toutefois il laissait transparaitre des choses assez intéressantes. En effet il s'agit d'une des rares super productions actuelles à ne pas être une suite/préquel/adaptation de super héros. En fait le film nous lance de belles promesses et en premier lieu celle d'un long métrage où le scénario et la réflexion autour de ce dernier primerait sur l'action. Mais qu'en est il vraiment ?

De quoi ça parle :

Johnny Depp est choisi pour jouer le rôle de Will Caster, pour l'une des rares fois où il n'aura pas besoin de gesticuler dans tout les sens où se grimer en travelo gothique et surjouer. Et pour cause, dès le début il est victime d'un attentat qui va le blesser mortellement et son dernier espoir réside dans l'implantation de sa conscience dans un programme informatique... Ce que l'on appelle la Transcendance. Oui sur le coup ça paraissait être une bonne idée. A première vue, l'opération semble être une réussite mais tout de suite les premières interrogations émergent : pourquoi Evelyn (Rebecca Hall), l'épouse du personnage de Johnny Depp, est elle aussi idiote ? Pourquoi des personnes semblant être des scientifiques décident de réagir face à une supposée menace non affirmée, par des méthodes violentes et ainsi les moins scientifiques du monde et ce sans avoir cherché d'autres options avant ?

 

Tu pense qu'ils vont réussir à trouver une utilité à nos personnages ?

Tu pense qu'ils vont réussir à trouver une utilité à nos personnages ?

Verdict :

Transcendance n'est pas un mauvais film. En revanche c'est un film raté... ce qui le rend pour le coup aussi vain qu'inutile. Et au moins à ce titre il a le mérite de figurer en tant que cas d'école sur comment louper une œuvre qui avait tout pour être réussie.

Car oui premier constat qui s'impose de suite : en soi le film n'a rien de rédhibitoire pour peu que l'on adhère au concept. Par là je veux dire, que ce n'est pas une réalisation honteuse. Bon clairement on est loin d'une mise en scène inspirée, mais ça fait le boulot efficacement. Le jeu des acteurs est globalement bon même si ils ne sont pas aidés par un scénario... ah non ça je vais en parler après. La BO, bien qu'oubliable est correcte et accompagne efficacement ce qu'il y a à l'écran. Non dans la forme ce n'est pas un film honteux et on sent que sur ce point là il y avait des gens dôtés d'un minimum de compétence derrière le projet... à défaut d'être talentueux.

Morgan Freeman, enseignant à Johnny Depp les vertues du sous jeu et du désintéressement pour son personnage.

Car là où le bas blesse cruellement c'est dans le fond... ou plutôt l'absence de fond. Vous savez, depuis un certains temps, j'essaie de critiquer les films sur la base de ce qu'ils sont et non plus ce que je voudrais qu'ils soient. En clair, plutôt que de me lamenter parce qu'une oeuvre ne va pas me donner exactement ce que je recherche, j'essaie de comprendre ce que cette dernière me propose et la juger uniquement sur cette base. Mais avec Transcendance ce n'est pas possible. Bon comme je l'ai dit plus, je ne nourrissais pas de grandes attentes vis à vis de ce morceau de péloche. En fait j'avais plutôt tendance à m'en taper la rondelle contre un panini de ce Transcendance. Le soucis étant que le film accompli lui même l'exploit extraordinaire de lancer ses propres promesses dans son intitulé pour mieux décevoir ces dernières de par le traitement inégal de l'ensemble.

Car là est bien le problème : Passé l'introduction du "concept" autour duquel l'intrigue tourne, qui pour le coup est assez complète et nous démontre bien que nous sommes face à des personnages de scientifiques, tout est précipité en ce qui concerne l'essentiel des éléments dramatiques. Et finalement on peut résumer Transcendance en affirmant qu'il s'agit d'un simple patchwork faisant défiler ses péripéties avec un enchainement plus ou moins cohérent à défaut d'être logique. La raison à ce manque de logique ? Très simple, entre les péripéties il n'y AUCUN PUTAIN DE DÉVELOPPEMENT !!! Pas le moindre et pourtant cela n'aurait pas été du luxe.

Ici, Paul Bettany tente de justifier le retournement de son personnage... pitoyablement

Cela se retrouve d'autant plus handicapant que les personnages en viennent à avoir des réactions qui pourrait sembler illogiques, ce qui est gênant quand on part du principe qu'il s'agit de scientifiques pour l'essentiel. Attention, je ne dis pas qu'un scientifique ne peut pas partir en vrille et se décider à agir de manière complètement irrationnelle. En effet comme tout les êtres humains ils sont eux aussi confrontés à leurs émotions qui peuvent prendre le pas sur leur capacité de réflexion. Toutefois il serait bon de traiter ces émotions afin que l'on comprenne l’irrationalité de leurs décisions et pourquoi des personnes étant de par nature réfléchies se décident à agir de manière irréfléchie. L'exemple le plus probant étant avec le personnage de l'épouse de Will à savoir Evelyn Caster (Rebecca Hall).

Attention, ce qui suit peut vous spoiler une partie du film, bien que cette dernière soit au début et puisse être aisément déduite. Si toutefois vous ne voulez pas vous faire spoiler, je vous suggère de vous rendre à la prochaine image où vous pourrez vous amuser à trouver Charlie, ce qui compensera de manière ludique un éventuel manque de contenu de par votre volonté absurde de ne rien vouloir savoir d'un film alors que vous consultez un article sur ce dernier...

ENTRÉE DANS LA ZONE SPOILER

Alors pour faire clair, assez tôt dans le film, après avoir cherché à sauvegarder sa conscience dans l'ordinateur, Will décède de la mort qui tue les vivants suite aux séquelles de l'attentat perpétré à son encontre ... Mais peu de temps après son enterrement, ce qui semble être sa conscience se manifeste alors auprès d'Evelyn et celui qui fût son meilleur ami, à savoir Max (Paul Bettany). Malgré les réticences de Max, qui agissant en scientifique s'interroge quant à la nature réelle de ce qu'ils ont en face d'eux, Evelyn est persuadée qu'il s'agit bien de son défunt mari monocordique et va accorder toute sa confiance au programme informatique. Et là je dis, pourquoi pas après tout. Toutefois, avant de soumettre l'idée qu'Evelyn, étant elle même scientifique je tiens à le préciser, agisse sous le pur coup de l'émotion, il aurait été bon de montrer cette dernière davantage affectée par le décès de son mari. Et peut être même aurait il été judicieux de creuser davantage leur relation avant l'attentat afin que ce couple soit crédible et attachant et qu'ainsi l'on comprenne mieux en tant que spectateur la volonté d'Evelyn au fait de croire à la sauvegarde de la conscience de Will.

FIN DE LA ZONE SPOILER

Ainsi le film se concentre uniquement sur la progression de l'action mais ne s'attarde jamais sur ce qui devrait entourer et justifier cette dernière. Mais dans ce cas, comment s'impliquer en tant que spectateur ? Comment s'attacher à des personnages dont on ignore ou au mieux suppute les motivations et les sentiments ? Comment s'imprégner des enjeux quand ces derniers sont expédiés ? Comment en avoir quoi que ce soit à foutre de ce film, quand visiblement ceux qui l'ont réalisé ont fait preuve de "j'menfoutisme" sur des points essentiels ? Mais le pire étant la non exploitation totale du sujet de base. Sans avoir besoin de partir dans les méandres de la métaphysique, Transcendance pouvait au moins prendre la peine de fouiller davantage ce qui s'apparentait à un formidable concept de Science-Fiction. Car oui nous sommes clairement devant un produit qui aborde la démarche putassière de se dire "Tiens les gens ils aiment bien qu'on leur donne des films qui paraissent intelligents" mais qui ensuite va penser "Oui mais il ne faut pas trop qu'ils réfléchissent". Ainsi cette superproduction va nous coucher sur la table des thèmes intéressants tels que la place de la technologie dans ce principe pourtant naturel qu'est l'évolution tels que Darwin l'a définie. Et avec ça vont venir des thèmes tels que la défiance naturelle des humains pour la technologie et plus généralement pour ce qu'ils ne comprennent pas. Le film pose même le dilemne quasi faustien classique qu'est "Est ce que l'Homme peut renoncer à une partie de son libre arbitre si cela lui permettait de vivre mieux ?".... Mais vous savez quoi, tout ces thèmes, Transcendance les pose mais jamais il ne les explore. Il se contente de poser des questions dans le vague avant de décider que finalement c'est chiant de réfléchir, retournons à l'action.

Et c'est là où je ne comprends pas la direction prise par ce long métrage qui est à mon sens absurde. Vous savez que je ne rechigne pas après le divertissement.... mais encore faut il que ce que je regarde soit réellement calibré pour être du divertissement. Et ce n'est pas le cas de ce Transcendance. Il est évident que les visions du script dépassaient initialement les ambitions qui transparaissent dans le produit final. On est clairement face à une oeuvre dont on peut se demander si ceux derrière celle ci étaient vraiment emballés par cette histoire ou alors si ils ont bien compris ce qu'ils adaptaient à l'écran. Si tel était le cas nous n'aurions pas un film qui a abandonné toute ses pistes de réflexion éventuelle pour simplement se focaliser sur de l'entertainment. D'ailleurs sans être honteux il est évident que ce n'est pas en terme de spectacle que le film se révèle remarquable. Non c'est extrêmement commun et peu impressionnant malgré quelques rares bonnes idées visuelles.

En conclusion :

Et bien celle ci est simple : si ce film était une dissertation de philosophie au baccalauréat il se serait vu attribué une fatale mention "Hors Sujet". C'est oubliable sur le plan du divertissement, bâclé au niveau de la réflexion, peu prenant en termes d'implication pour le spectateur auprès des personnages ou des enjeux. En définitive c'est un produit aussi vain qu'oubliable. On peut dire que pour son premier film, Wally Pfister n'envoie pas de signe encourageant.

Publié dans Sorties Ciné

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=:-] 06/08/2014 13:43

Une autre tentative pour expliquer pourquoi Transcendance peut susciter des frustrations : http://yannickrumpala.wordpress.com/2014/08/05/transcendance_et_circulation_des_ames/

yoyo114 16/07/2014 23:23

Je n'étais pas tenté par le film et ta critique me conforte dans mon opinion.
J'aime beaucoup ton introduction, mais il se peut que je glisse un jeu de mot sur le titre du film dans les commentaires, un de ces jours !